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22 août 2018 3 22 /08 /août /2018 02:19

 

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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 07:27
Exposition "art et culture tachawit"
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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 06:36

DSC00241.jpgKaïs, le village urbanisé où vivait Cheikh Ali el Khencheli, est situé à une vingtaine de km de khenchela, en plein pays berbère chaouia. Il se rattachait jadis à la commune mixte de khenchela et ressemblait, dans sa morphologie et son organisation sociale, aux autres villages de l'Aurès.

Selon la configuration de Léon l'Africain, l'Aurès déborderait de loin sa géographie linguistique actuelle. Le quadrilatère Batna-Khenchela-Biskra-Khangat Sidi Nadji délimite un territoire où vivent des populations qui descendent de tribus fort variées.

Les souches chaouias ne sont plus nombreuses. Dans l'oued Abdi, qui reste la région la plus berbérisée de l'Aurès, on compte aujourd'hui beaucoup de tribus arabes berbérisées, comme les Bni Bou Slimane.

Le terme chaouia, apparu à peu près au XIVe siècle, a en arabe le sens de "pasteur". Bien que les Chaouias soient des éleveurs de moutons, leur mode de vie reste sédentaire. Les thaquelathin (villages) de l'Aurès sont construits sur des pitons, comme en Kabylie. L'organisation juridique et sociale est régie par la jama'a, composée d'imokranen (assemblées d'anciens de moralité et d'ascendance nobles), élue ou désignée par un ensemble de tribus.

Le dialecte berbère de l'Aurès, deuxième d'Algérie par son importance démographique, a tendance à se raréfier, et les jeunes générations ne le pratiquent plus. Quatre grande zones d'influence linguistique existent encore : à une trentaine de km de Constantine, la zone qui va d'Ain M'lila et de Khroub à Oum el Bouagui et à Aïn el Beïda est considérée comme le territoire des Herakta. Les Nemencha et une partie des Hanencha se trouvant au sud de Khenchela et de Tebessa délimitent la deuxième zone. L'Aurès d'Ouled Abdi, les gens de Nara et de Menaa, et anciennement les Touaba et les Aoudça, les Daouaouda et les Oudjana dans le Chéléa circonscrivent une troisième zone. La quatrième zone, la moins berbèrisé, se trouve à l'ouest de Batna en remontant vers Sétif.

Les parlers chaouias sont très proches de ceux du reste de l'Algérie. Le phonétisme chaouia présente les caractéristiques générales des parlers berbères de l'Afrique du Nord, à savoir un système vocalique ternaire (a, i, u)sans opposition de durée, avec une voyelle centrale neutre non phonologique et un système consonantique dont la spirantisation généralisée des occlusives est marquée dans un certain nombre de morphèmes par un simple souffle laryngal (h).

Dans les chansons en berbère chaouia et cet enregistrement, le mélange de l'arabe et du berbère apparaît de plus en plus fréquemment, de même que les formes syntaxiques ne correspondant pas aux règles du dialecte chaouia. A ce sujet, Cheikh Ali el Khencheli évoque le fait que la spontanéité des chouara (poètes-compositeurs) dont lui même fait partie impose un mixage entre l'arabe et le berbère qui, certes, déforme ces règles mais donne une puissance de diction et une poésie évidentes.

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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 05:29
Propos recueillis par Rachid Hamatou
jo-sabri.jpg

Djamel Sabri, dit Djo, chef de file du légendaire groupe les Berbères, car c’est de lui qu’il s’agit, nous ouvre son cœur, son temple, son chez lui à Bougui (lire Oum El-bouaghi) où l’histoire du groupe et l’histoire de la ville sont étroitement liés. L’enfant terrible de Makomades semble faire partie du patrimoine aussi bien physique que moral de la ville et même de la région, et toute la cité le lui rend bien. Au café Khaliss, autour d’un café bien chaud, par un matin frileux de février, nous avons fait le chemin inverse d’une carrière exceptionnelle, celle d’un artiste militant, dont l’audace et la hardiesse n’ont pas de limites, pour devenir synonyme de défi, et cris quand il était interdit de rêver. Un entretien qui vire au dialogue amical, au monologue, au soliloque, à notre grand plaisir.


Le Soir d’Algérie : Depuis toutes ces années de combat, d’interdits, d’occultation... est-ce que vous vous êtes habitué ou du moins vous avez compris que c’est comme ça et pas autrement ?
Djo : Jamais, je n’ai jamais accepté le fait accompli et ce n’est pas maintenant que je vais le faire, pas à mon âge. J’ai connu le zèle et les zélateurs dès mon jeune âge. On m’a interdit la scène quand j’avais 11 ans, à l’époque de la fameuse émission «El Hadika Essahira» (le jardin enchanté). J’avais eu le tort et le malheur d’avoir voulu chanter une chanson en berbère (chaoui) Yemma El-Kahina. J’ai repris la chanson et en mieux à l’âge de 20 ans, et tu connais le succès de ce titre, pour te dire qu’il ne faut jamais abdiquer, car souvent – si ce n’est pas toujours – on a affaire à des subalternes, qui rajoutent pour plaire à leurs chefs. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, et le temps me donne raison et sans me prendre la tête, encore moins m’habituer, à l’art sur commande.
Les mélomanes ont remarqué ton absence à la dernière édition du Festival de la chanson chaoui qui a eu lieu à Batna, au mois de janvier dernier. C’est dû à quoi ?
Rire. L’une des deux : ou je ne chante pas chaoui donc pourquoi m’inviter, ou je ne rentre pas dans un gabarit, une sorte de mesure, pour pouvoir prendre part à ce fameux festival. Je pense que c’est à la deuxième catégorie que j’appartiens. Entre nous, même invité je ne serai pas allé. La chanson chaoui (berbérophone) est devenue un tiroircaisse pour se servir sans jamais servir la culture millénaire, la nôtre. Moi, je ne mange pas de ce pain ; je ne me mélange pas à ça. Je sais aussi que certains jongleurs reprennent mes chansons sans mon autorisation. Je ne m’inquiète pas, ce ne sont que des imitateurs. Sans plus. Je n’ai rien à prouver, bien au contraire. J’ai appris et depuis longtemps qu’il y a une sacrée différence entre l’acte culturel et le remplissage, je ne lâche pas prise, je n’abandonne pas. Le respect se mérite.
Tu sembles venir ou sortir du passé, anachronique même, tu ne trouves pas ?
Peut-être bien mon ami. J’aime bien le passé ; je m y attache et en fin de compte, chaque instant est un pas vers la fin, pourquoi s’enflammer pour l’instant ? La flamme est en moi, je le sais. Un monde qui va vers l’illusoire ne m’intéresse pas. Si on parle musique, les proxénètes de la boîte à rythme se font appeler musiciens. Or, beaucoup, un bon nombre, ne font pas la différence entre rythme et tempo, le pouvoir de l’image, le financement de l’analphabétisme, gonfle les rangs des faux et le polaroid est maître. Je passe à la télévision, donc je suis.
Tu ne passes pas à la télévision justement, pourquoi ?
Tu te trompes d’interlocuteur, cette question est à poser aux responsables de la télévision. Et je ne te garantis pas qu’ils aient réponse ou réponses. Là aussi il y a une trame, et je ne rentre pas dans celle-ci. Je fais mauvais genre je crois, un peu mauvais garçon, je chante en berbère. Or, les gens ne le comprennent pas. On me demande de diluer, édulcorer. Et je le refuse. C’est à prendre ou à laisser. Cependant, il y a une chanson qu’on dit chaouia qui passe à la télévision, et moi qui est chaoui, je ne la comprends pas (mort de rire), Massinissa doit se retourner dans sa tombe. Quand j’entends ce genre de balivernes, je sue et j’ai honte. Il me vient à l’esprit le dernier album : Ajnouth aghmraïth( nuage intrus) : «ش Dieu pourquoi ces années de disette, pourquoi les saisons infécondes. L’obscurité est opaque et la médiocrité règne. Nous te prions Dieu, les mains levées, ô Dieu décharge-nous de ce poids Toi le Tout-Puissant, nous ne pouvons et nous devons accepter la soumission… » Je ne sais pas si un jour ils vont finir par comprendre, qu’un texte n’est pas une suite de mots, ou rime, mais plutôt une âme.
On doit quand même reconnaître que quatre albums pour une vie artistique c’est peu, depuis Yemma El-Kahina...
Quand je n’ai rien à dire, je ne dis rien, sinon au bout c’est la bêtise. Je ne fais que ce que j’aime, j’arrête net, dès que ça ne me plaît plus. Je suis très cœur, si je puisse dire, les hanches ce n’est pas mon truc. Je ne vends pas, je témoigne et je donne, sans attendre une contrepartie, ça ne veut pas dire que je suis gentil, c’est juste un principe. Nous avons formé le groupe les Berbères à Oum-El-Bouaghi dans les années 1980, je peux te garantir qu’à l’époque, certains de nos fans, ici ou à travers les Aurès, n’ont pas vu de toute leur vie une guitare électrique et c’était ça le défi. Ouvrir une brèche, montrer la voie, donner de la voix et crois-moi ce n’était pas une partie de plaisir. Parlez en chaoui, c’était mal vu, alors chanter relève du blasphème et pourtant c’est ce que nous avons fait, haut et fort, vaille que vaille. A l’époque, la mouhafadha du parti unique nous traitait de tous les noms d’oiseaux, c’était dur de supporter l’anathème sans pouvoir répondre, car nous n’avions pas d’autres espaces d’expression. Oui c’est peu, très peu, quatre albums depuis 1980, mais il faut le faire, en respectant le contexte, tu vas y laisser ta chemise mon jeune ami.
C’est pour quand le nouvel album ?
اa vient, il faut être patient. C’est un peu le poulet de grain et celui de la batterie, si tu veux de la qualité il faut travailler et donner le meilleur de soi-même. Le groupe reste fidèle et sincère, nous refusons de tomber dans la facilité et la boîte à rythme. Nous avons des textes, aussi bien les miens, que ceux de notre parolier El Hadj. Pour le moment, on ne s’est pas fixé une date de sortie de la nouvelle bobine, nous travaillons dessus au temple (local du groupe) et avec les moyens de bord. Du rêve, de l’amour, du pays, de l’espoir… Voilà ce que je peux te dire de la future bobine.
Les responsables des festivités et fêtes ont pris la décision de ne plus faire venir les stars égyptiennes aux différentes manifestations, qu’est-ce que vous en pensez ?
Il faut lire Jean de la Fontaine, le Corbeau et le Renard aussi bien l’ancienne que la nouvelle version. Moi je mange du frais, jamais de réchauffé. Les responsables des fêtes ou feintes (rire) toute honte bue croient pouvoir nous leurrer par ce coup d’épée dans l’eau. Ils ont invité des quidams qu’ils ont nommés stars ( moutrab el kabir) à qui ils ont versé des millions et des millions, par complexe d’infériorité, en se cachant derrière la fraternité et autres chimères, mais les masques sont tombés. Les stars en ersatz se sont bien moquées de nos respectables et respectés représentants, qui jurent de ne plus se faire avoir, mais c’est trop tard. Loin de la lumière et des feux de la rampe, des artistes dans le Grand Aurès ont été occultés du Festival de Timgad, qui se passait chez nous, rien que pour céder la place aux «derviches». Nous ne l’oublierons jamais.
R. H.
LE SOIR D'ALGERIE
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22 janvier 2009 4 22 /01 /janvier /2009 14:01
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22 janvier 2009 4 22 /01 /janvier /2009 13:57
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13 mars 2008 4 13 /03 /mars /2008 06:34
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13 mars 2008 4 13 /03 /mars /2008 06:29
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16 décembre 2006 6 16 /12 /décembre /2006 09:07
L’écho féministe dans l’œuvre de Kateb Yacine,
(né à Constantine en 1929, mort à Grenoble le 30/10/1989)

Par : Djemaa DJOGHLAL

L’œuvre de Kateb a subi et subit encore de nombreuses interprétations qui relèvent du domaine de la subjectivité même si les chercheurs sont censés travailler dans l’objectivité. Aussi pour ce sujet le point le plus marquant retenu est l’écho féministe que l’on trouve dans l’œuvre de cet auteur, dès son plus jeune âge. Né dans uns société coloniale et patriarcale il sut saisir le degré des dominations vécues par les “ mauresques ”, il devint algérien par naissance et universaliste par ses combats. Si son pays et son siècle vivaient couverts de sexisme qu’il fut seul à dénoncer, ailleurs et en d’autres temps il y eut d’autres producteurs qui élevèrent la voix contre le sort réservé aux femmes en Occident, par exemple chez les utopistes Francs-comtois tel Fourier qui voulut donner aux filles la même éducation qu’aux garçons et ne pas exclure les femmes d’aucune fonction, alors que Proudhon est décrit anti-féministe.
Les quelques termes utilisés tels que féminisme, sexisme et patriarcat serviront uniquement de repères pour déambuler dans les écrits de Kateb, je vous dispenserais d’un exposé jargonneux sur le féminisme, le “ que sais-je ” d’Andrée Michel, édité aux PUF, éclairera celles et ceux qui sont intéressés par ce sujet.

Kateb (nom de famille) Yacine (prénom)
Kateb est issu de ceux qui étaient nommés avec mépris “ indigènes, musulmans, arabe, kabyles, mozabite, mauresques, fatma ” et autres qualificatifs qui ont transformé cette population en ce qu’a appelé Frantz Fanon “ la chose colonisée ”. Ce peuple algérien, dont le destin était décidé ailleurs et par d’autres, vivait dans un monde d’enclos que Kateb et son ami le peintre Issiakhem vont tenter de briser, l’un par l’écrit, l’autre par la peinture.
Si “ le colonialisme accule le colonisé à se poser constamment la question du “ qui suis-je en réalité (1)” . Kateb était le fils d’un oukil (délégué ou avocat en arabe) c’est à dire un fonctionnaire qui relevait des “ Affaires Indigènes ” (ou Bureaux Arabes), un relais du pouvoir colonial et au lieu d’intégrer ce corps et de s’embourgeoiser, Kateb devint un écrivain “ engagé/enragé ”. Ses engagements lui valurent bien des difficultés qui l’empêchèrent de produire sereinement, difficultés qu’il relate dans sa préface à l’Essai de Taïeb Slouai “(2) Chaque fois que je trouvais du temps pour écrire, j’étais interrompu pour une raison ou une autre, obligé de plier bagages, et de ravaler mon inspiration. Ces avortements en série ont eu des suites fâcheuses. Si certains sont des intellectuels comme ils seraient commerçants, Kateb avait compris que l’insolence et la dignité sont le seul véritable luxe des opprimés, pour eux il prit la plume et leur donna voix. Il ne devint jamais le scribe du prince, qui a vu son dépouillement mesure l’authenticité de ses engagements et de sa valeur.
Dans le système d’organisation social colonial il voyait les injustices et les subordinations qui frappaient en premier les femmes, et les femmes Kateb les aimaient, il aimait la mère, l’amante, la sœur, la combattante, la paysanne, la poétesse, toutes les femmes il clamait “ on enferme la femme parce qu’elle est belle ” et il ne parlait pas uniquement d’une beauté physique c’était l’ensemble de la personnalité féminine qui le charmait. Il se battait pour leur dignité, leur liberté et leur égalité avec l’homme. Il avait compris que si l’émancipation des femmes ne peut venir que de leurs combats, ces combats ne peuvent aboutir que si la société les permet.
Dans le Polygone étoilé publié en 1966, parlant des hordes islamistes qui s’attaquaient, déjà, aux femmes “ occidentalisées ” (selon eux) et aux hommes qui ne jeûnaient pas, il écrit “ mais on n’avait jamais entendu parler, sinon dans les Etats très traditionalistes d’Orient, comme le Yémen et l’Afghanistan, de pareilles “ fournées ” de “ délinquants religieux. Il dénonçait l’aspect conservateur et féodal du système de gouvernance religieux, la puissance implacable, dévastatrice, réductrice et assassine des frères musulmans qu’il nommait “ les frères monuments ”. Il dénonçait leur système de soumission de la femme que ne pouvait admettre sa passion de l’indépendance collective et individuelle. Dans sa pièce “ Mohamed prends ta valise ”, tournée en France de février à juin 1973, on voyait une scène montrant un marabout exploitant les petits fellahs et leurs femmes, dans une autre scène un sergent recrutait des prostituées, ces tableaux rappelaient la période coloniale où les marabouts avaient les faveurs de l’Administration coloniale et pour des générations de “ mauresques ” les bordels militaires dans le bled furent les harems coloniaux.
Si dans cette société colonisée et patriarcale “ l’indigène ” paraissait inexistante, elle était pourtant bien présente et comme le dit son ami Issiakhem en parlant de la Femme sauvage de Kateb “ la femme sauvage est-elle figurative ou abstraite ? Elle n’a pas d’yeux, pas de bras. Elle ne possède aucun sens. Elle est pourtant présente…terrible… ”

Et cette femme si présente, pour Kateb ce fut sa mère Yasmina.
Germaine Tillion dans son “ Harem et les Cousins ” a expliqué le statut social privilégié des mères de garçon dans les sociétés méditerranéennes, statut renforcé et toujours en vigueur dans les sociétés musulmanes. Certes, toutes les femmes sont opprimées dans le système patriarcal mais elles ne le sont pas toutes dans la même mesure. Les conséquences culturelles et sociales désastreuses de ce statut, Kateb les avait relevées et analysées, c’est pourquoi il refusait la ségrégation des sexes et l’instrumentalisation de la femme, en avril 1958, à Tunis, il avait publié un texte dans la revue “ l’Action ” où il précisait “ la révolution n’est pas seulement politique, sociale, idéologique. Elle se fait dans toute l’existence ”
Il reconnaissait ce qu’il devait indirectement à sa mère, ce n’était pas seulement sa génitrice, elle l’avait bercé avec des chants, des maximes et des poèmes du terroir car dans cette société d’analphabétisme la production poétique, conçue et transmise par les femmes restait dans la sphère privée, la seule qui pouvait s’exprimer publiquement était la douleur des mères. Les métaphores et les récits mythifiés des Ancêtres ont crée une écriture très symbolique chez Kateb.
Il vit sa mère perdre la raison lorsqu’il fut emprisonné lors de la manifestation du 8 mai 1945 à Sétif, il n’était âgé que de 15 ans. Ses rapports, à partir de cet instant, ne furent pas seulement des rapports de filiation ou de transmission ancestrale il y eut la prise de conscience d’une victimisation féminine du fait de la domination d’un système injuste. Lors de l’enterrement de sa mère il a chanté “ l’Internationale ” pour prouver qu’il n’enterrait pas un objet mais un sujet de plein droit. En 1971 il déclarait dans le Monde “ les écrivains doivent avoir le courage d’exercer leur critique sur la société actuelle ”, société qui s’était libérée du joug colonial mais qui s’enfonçait, déjà, vers des ténèbres d’un autre âge.

Une autre femme a, aussi, joué un grand rôle dans la vie privée et dans le parcours intellectuel de Kateb c’est Nedjma, l’étoile inaccessible.
En 1984, en Algérie lors du 30ème anniversaire du 1er Novembre 1954, au cours d’une émission de radio en français, il avait dit à propos de Nedjma “ pendant des années j’ai proposé ce livre à des éditeurs qui l’ont refusé et ce n’est qu’après les premiers coups de feu dans les Aurès que Nedjma et d’autres œuvres d’écrivains algériens sont devenus à l’ordre du jour et on leur a reconnu une certaine valeur.
Ce roman/testament fut édité en 1956 et, à ma connaissance, aucune œuvre ne connut autant d’interprétations diverses, pour ma part j’en ai retenu deux. La première revient à Kateb qui a écrit : “ Nedjma c’est Constantine (Cirta) et Bône (Hippone), les deux cités qui dominaient l’ancienne Numidie, aujourd’hui réduite en département français.. ” donc Nedjma représente pour lui la métaphore de l’Algérie colonisée.
La seconde, que l’on peut imaginer aujourd’hui, c’est Kateb sculptant sa Marianne avec les traits de Nedjma, car Nedjma n’est pas voilée, les jeunes femmes de l’Est algérien ont porté le voile noir à la chute de Constantine devant les troupes françaises en 1837. Elles l’ont repris “ grâce aux cadeaux ” des coopérants “ frères monuments ” de Syrie ou d’Egypte qui sévissaient dans les campus algériens dès les années 70/80. D’ailleurs en 1988, Kateb avait remarqué les changements des algériennes et leurs fatigues de plus en plus prononcées qui s’exprimaient même chez les artistes et parlant de la peinture de Baya il écrivit “ mélancoliques les grandes gouaches de Baya, arabesques dorées fortement colorées, lieux clos et sereins, résignation du monde féminin ”.
Résignation dont les facteurs remontaient pour certaines régions, certaines tribus et certaines familles à la période coloniale turque, à cette résignation s’ajoutera la “ clochardisation ” de la société indigène due à la colonisation française de 1830 à 1962. Clochardisation d’une société où les femmes subirent l’analphabétisme, les veuvages, les séparations, les déplacements et les traumatismes en tous genres.

Pourtant ces analphabètes avaient une histoire riche y compris une histoire combattante.
Cette histoire qui remontait très loin dans la mémoire collective, Kateb la rappelle dans ce dialogue, tiré de sa pièce “ la guerre de 2000 ans ”, dialogue imaginé entre Okba l’envahisseur arabe et la princesse des Aurès la Kahina ou plus exactement DYHIA :
Okba : “ nous sommes venus sauver vos âmes et vous apporter les lumières de la Science ”,
Dyhia “ que ne le disiez-vous avec des livres au lieu des sabres, du feu et du sang.
L’oppresseur commence toujours par taire la parole de sa victime, il s’agit pour Okba et ses héritiers d’enseigner la science religieuse qui maintient les femmes dans la soumission, or, le savoir que demande DIHYA, est le savoir qui libère la femme du conditionnement qui l’a façonnée, celui qui lui permet l’acquisition de codes culturels de son siècle, savoir que rejoint celui de Kateb qui se lamentait :
“ Mon père jouait à la belote (3)
Et cracha son mégot
Quand mon cercueil passa.
Seule ma mère
Démolissait une poitrine
Qui avait sa fierté…
Et puis ma petite sœur
N’avait plus personne
Pour lui montrer ses devoirs ”
Les devoirs de sa petite sœur devaient la mener à penser par elle-même, sans limites, ni tuteur, en sortant de sa propre minorité. Kateb croyait en une loi universelle et permanente, placée au-dessus de toute règle : l’humain est né pour vivre libre. “ On réduit l’être à un objet, et on le hisse hors de soi, vers une mystérieuse possession qui pourrait bien n’être qu’un songe ” écrivait-il en mai 1957 dans son texte les Fondateurs publié dans la revue les Temps Modernes.
En 1984, année de l’institutionnalisation du Code de la famille algérien, Kateb disait en France “ nous allons vers de grandes difficultés ”.
Dans la femme sauvage, un texte de la tragédie intitulé “ la guerre de 130 ans ” on voit Keblout, l’Ancêtre sautait en même temps que Keltoum, sa femme, dans un puits pour échapper à l’armée turque venue le capturer pour insoumission et non-paiement d’impôt. Ils devront la vie sauve à un magnifique tapis placé auparavant dans le puits par Keltoum…Dans une autre séquence de la Femme Sauvage, qui est en fait Nedjma, on la voit entourée de jeunes filles qui l’invitent à les conduire au combat. A travers ces scènes Kateb rend hommage aux multiples participations féminines lors des divers combats de libération du pays, il les place sujets de l’Histoire où habituellement ce sont les hommes qui sont les héros. On peut aussi dire que même dans l’acte le plus courant de la vie, je veux parler de l’acte d’amour qu’il soit sous l’égide du devoir conjugal ou du plaisir où la femme tient toujours un rôle de soumission, Kateb le décrit dans le partage des rôles, ne dit-il pas “ Femme obscure et dont l’œil égale la rancune, Prends-moi, voici l’instant des mêlées furieuses ”.
Rebelle à toute entrave, l’anticonformiste Kateb par la singularité de sa pensée et l’universalité de ses combats nous permet de sortir de l’immense aliénation que nous subissons depuis des millénaires.
A travers cet hommage j’espère ne pas avoir trahi sa mémoire.


(1) Les damnés de la terre, Frantz Fanon, maspéro 1975
(2) Essai sur la Femme sauvage de Kateb Yacine, Arcantère, 1985
(3) “ Regrets d’une âme morte ” poème tiré du recueil intitulé Soliloques publié en 1946 avant et après la manifestation du 8 mai 1945 (Kateb âgé de 15 ans)

 

http://fr.360.yahoo.com/auresiennekahina

 
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2 décembre 2006 6 02 /12 /décembre /2006 08:45
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