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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 15:52

Tout d'abord, commençon par préciser pour la racine "cha" traduite de l'arabe et reproduite indéfiniment par tous les auteurs et pseudos experts par "mouton" qu'elle n'est pas axacte ou mal fondée, car monton  se dit en arabe "kharouf" (cf dictionnaire arabo-arabe),

D'autres voudront faire dériver le mot "chaoui" d'une douteuse phonétique arabe de "ch'att" pour brebis, on ne peut que constatter le côté alambiqué de cette déviation  intellectuelle par le rejout d'une syllabe n'ayant aucun rapport avec la racine ou le mot en question  "chay" ou "chaî" qui veut dire bien "biens" terme qui comprend toute la richesse et la propriété d'une personne ou d'une entité."Biens" du Larousse veut dire Richesse, propriété, terme qui comprendraiait de ce fait tous les terres les troupeaux, les vergers, les moissons, les meubles et les immeubles, les chevaux, les boeufs et les ...moutons."Cha" voudrait donc dire en arabe : PATRIMOINE.

Ce terme chawi (propriétaire) a été utilisé par les arabe hilaliens et nomades de passage au Maghreb, pour définir les propiétaires de terres, dont les étranger aux lieux avaient besoin, soit pour s'établir, soit pour en louer les pâturages pour eux et leurs bêtes de passage par contrats au possédants. Rapports dont on trouve traces partout.

Alors pourquoi cet "aveuglement" des auteurs à reproduire cette définition erronée ?

Nous donnons ci-après une hypothèse sur le fondement d'une opération qui parait ^ter une manipulation-normale au regard de enjeux historiques et des intervenants coloniaux de l'époque, vis-à-vis d'un espace de "parcours"" pastoral", en justifiant ainsi sa vacance pour une occupation coloniale.

Il nous faut présicer ici deux hypothèses historiquessazzez peu étudiées, apparemment oposées mais finalement complémentaires, sur l'origine du nom Chaouia :

Première hypothèse : celle-ci serait une déviation "d'interprètes et de traducteurs" français et leurs auxiliaires arabes par un rajout parasite d'une parenthèse "(pasteurs)" devant la mention du nom "Chaouia" d'Ibn Khaldoun, citée une seule fois dans son histoire des berbères. Déviation"d'interprète et de traducteurs" français et leurs auxiliaires arabes par un rajout parasite d'une parenthèse "(pasteurs)" devant la mention du nomchaouia :

Première hypotaises historiques : celle-ci serait une déviation "d'interprète et de traducteurs" français et leurs auxiliaires arabe par un rajout parasite d'un parenthèse "(pasteur)" devant la ,mention du nom "Chaouia" d'Ibn Khaldoun, citée une seukle fois dans son histoire des Berbères. Déviation-conjousion, oeuvre des interprètes arabe, égyptien et moyen-orientaux recrutés par les militaires français après la campagne de Napoléon Bonaparte en Egypte du début du 19e siècle et incorporés comme auxiliaires du corp expéditionnaires de l'armée d'Afrique qui s'illustront en Algérie et ailleurs, et même un peu auparavant en Espagne, au moment de sin occupation par Napoléon Bonaparte.

En fait Ibn Khaldoun cite dans son oeuvre une seuke fois le nom "chaouia" où il fait référence à un moment historique à une partie nomade des habitnats marocains de la pleine Chaouia du sud de la Casablanca actuelle. Une région ponsctuelle qui venait d'être soumise par la furure dynastie mérinide à ses débuts, aux environs de 1216-1218.

Ibn Khaldoum ,ne nommait pas les habitants des Arès par l'appelation "chaouia", et encore moins dans ce passage, puisque les Arès et ses habitants n'étaient pas du tout concernés par les Mérinides à cette époque nous le montrons à travers la carte historique de l'éposue ci-après et la comparaisons entre le teste original de Ibn Khaldoun et sa traduction par le BARON DE slame qui n'est pas d'autre que l'interprète zélé a pris soin de rajouter au terme Chaouia la paranthèse "(pasteur)" au texte d4ibn Khaldoum cité ci-dessus, alors que l'oeuvre original en arabe que nous avons consultée à la bibliothèque d'Alger, ne mensionnait pas cette parenthèse"(pasteur).

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Les interprètes arabe de l'armée d'Afrique auxiliaires de Slane rajouteront cette double confusion de qualificatif "pasteur-berger" à l'identité, alors que le nom "Chawi" viendrait d'ailleurs.

Ainsi tous les auteurs depuis, reprendront indéfiniment ces raccourcispour discalofier les habitants des Aurès et leur espce considéré comme un simple parcours ouvert à la colonisation de tous.

"Militaires coloniaux français et interprètes arabes s'allient pour exploter notre pays en commençant par le dévaloriser pour l'acquérir à vil prix". Disait les résistants Nemamcha des Aurès aux bureaux arabes, surtout après les sénatus-consules de 1865.

Deuxième hypothèze : pour rechercher la véritable origine du nom des habitant des Arès, il nous faut exporer une deuxième hypothèse de la dénomination "chaoui".

"D'où venez-vous pozez cette questuion à n'importe quel habitant des aurès ou de certaines régions particulières de l'Algérie, un seul nom revient presque à chaque fois : "Sakia El Hamra" (Rio-d'Oro).

Ceci s'explique à notre sens par la défaite des troupes musulmanes d'Abderrahmane à Grenade en 1492. Car pour remonter au-delà de cette date, la majorité des généalogiste butent comme sur un trou noir, que nous expliquerons un peu plus loin dans ce texte.

Cette période semble marquer la refondation et la repopulation des A urès, surtout après le cataclysme démographique et migratoire provoqué par la double invasion des tribus arabes hilaliennes, juste quelques siècles auparavant.A partir du début du XV siècle la dénomination "chaoui" semble apparître d'abord au Maroc pour des habitants du Maghreb, cela semblerait venir de l'occupation par les Zénètes de la pleine Chaouia du Sud de Casablanca sur le chemin du repli de l'Espagne.

Nous savons que les camps de transit ont été organisés après le reflux des troupes berbère en évacuation de l'Espagne Nord-Africaine, à partir de la fin du 15e siècle. Le chemin des Aurès se situait le long du flanc sud de l'Atlas saharien du Rio d'Oro, pour réoccuper les Aurès par le Sud. Comme le firent la majorité des populations Aurassiènne qui se déclarent en majorité venant du Sakia El Hamra (Rio d'Oro)

Ainsi l'on sait que ce sont les tribus Zianides qui furent parmi les dernières à retourner dans les Aurès au cours des 16-17ème siècles. On peu voir à cet effet leur position du côté de Béni Souik au nord ouest de Biskra, parfaitement décrite dans le livre de Gouzon "Archives de pierre"  l

 

"trou noir générationnel", "choc mémorial" et "perte de repères" :

Pour expliquer ce phénomène de retour d'émigration, nous proposons de nous retrouver en 1962 au lendemain du cessez-le-feu.Une dénomination aujourd'hui oubliée permet de comprendre ce type de choc mémoriel : "Lagi" pluriel "Lagiyine" fut donné  émotiionnellement par son évacuation des montagnes zones interdite pour cause de guerre dès le 20. novembre au Arès et son retour vers les villes aurasiènne  qu'elle ne connaissait pas en 1962. Une identification passagère plus fine leur a été attribuée à partir de la région de Aurès_à titre d'exemple du "kef", "kasserine" ou "Gafsa" ou encore"Oujda" du Maroc pour les populations de l'ouest du pays. Nous nous souvenons par exemple pour Khenchela que les réfugiés des frontières étaient considérés_ un _ comme un peu différents des habitants locaux resté au pays, alors qu'ils sont pourtant issus à l'origine des des même populations.Car une rupture de mémoire opéeée même pour queques années seulement suffit à faire perdre des repères surtout pour les parties des populations les plus jeunes. Un peu, comme le furent les "pied noirs" à leur retour en 1962 en France.

C'est ce même choc mémoriel qui créa un trou générationnel qui créa un trou générationnel qui fait que très raras sont les personnes capable aujourd'hui de reconstruire leur arbre généalogique, surtoput pour la période au-delà du 15ème siècle, clui-là même du retour de l'Espagne après la chute de Grenade.

Ainsi l'amalgame a été fait entre : l'hypothèse coloniale à partir d'une fausse interprétation d'un texte 'Ibn Khaldoun initiée par des interprètes franco-arabes, intéressés par l'occupation de l'espace d'une part et l'hypothèse (à appronfondir) qui est celle du rzeflux migratoire après la défaite de Grenade des a,nciennes populations des Aurès qui avaient suivi en Espagne des populations dès l'an 711, leur général Tark-ibn-Ziad d'autre part. Pourtant les dux hypothèses se rejoignent ou se croisent en un même lieu : La pleine"z Chaouia du Maroc.

Notre étude généalogique et des "Archs" des Aurès autre sujet que nous traité par ailleurs-montre que les Chaouis seraient majoritairement Zénètes.

Pourtant l'hypothèse de Carette, Mathéa Gaudry écrit, "tous les berbères sont Zenâta". Même si Masqueray, sur la foi de Procope et d'Ibn Khaldoun rejette l'hypothèse Zenâtienne en ce qui concerne les Ouled Daoud et les Ouled Abdi de la région d'Arris et de Menaâ et leur attribue une origine romano-berbère.

En résumé : doit-on faire droit à la légende suivant laquelle les Touaba, les Abdaoui et le"s habitant de Nara et Meneaâ auraient le "romain" Bourk pour ancêtre commun? Il est difficile d'apporter une certitude sur ce point.

Une bonne partie de la petite minorité des habitants qui prétendent "arabes" y compris ceux des douars Aliennas et Taberdga, qui se trouvent au sud de khenchela et à l'est de Oued el arab entre cette rivière et l'oued Bidjier ou Béni babar, les habitants en amont de Khanga et les Ouled Ziane (isqsu de peuplade Zénète venus de l'ouest)seraient berbèresw ou berbérisées. Les Cheurfa, les Serhna et certains de Khanga se disent certains d'être "arabes". Prétention opportuniste et politique qui faisait déjà sourire Ibn Khaldoun à l'époque dans toute son oeuvre historique tout au long du 14e siècle.

Ibn Khaldoun appelle les premiers Zénètes : les fils de Madghès_ dont le tombeau de leur roi porte le nom de Mdghacène à côté de Batnasont- avec les fils de leur oncle Bernès père des Sanhagas et Koutamas leurs cousins du Nord du pays-tous fils de Ber.

Les Zé&nètes seraient-donc selon cette hypothèse qui rejoindrait celle de Masqueray-la dernère couche berbère que l'on constata sur notre terre aurassiènne; elle fut loin d'anéantir d'ailleurs les premières tribus berbères qui habitaient la contrée avant elle.

Nous faison tout de mêm cas d'autres hypothèses qui nous paraissent élargir l'horizon des Chaouis. Mathéa Goudry nopte "aux aurès une variété de types ethniques qui témoigne de la diversité d'origineBerbères, les uns épaules larges, hanches étroites, offrent un type très répandu dans le bassin du Nil; d'autres présentent les caractères de la race méditerranéenne, petite, brune, énergique et nerveuse, telle qu'on la retrouve en Italie,Espagne, France, Corse et Sardaigne.

Il est en effet, enfin dont le type plus ou mpoins pur de blonds à la carnation pâle, aux yeux clairs, à la taille haute, rappelle étrangeme,nt cezlui des septentrionaux. En certains lieux, notament chez les Béni Ferah à Menaâ, Nara et l'oued ABDI, les sujets blonds de haute taille, se trouvent peu métissés. D'une façon générale, il n'y a en Aurès que 25% d'yeux foncé proportion qui il est vrai, s'élèveà  certains endrots à 75%" Elle précise pour les femmes dans sa thèse sur la chaouia : "les unes ont le front droit, le visage d'un oval allongée, les sourcils minces, mais bien dessinés sur ue artcade nettement modelée, les yeux sombres, les pommettes peu marquées, le nez mince et brusqué, la bouche petite, le menton droit et long; ces traits délicats sont empreints d'une expression à la foi douce, ardente et grave. D'autres figures plus massives; les sourcils plus épais, le nez plus large, la bouche grande, semblent taillées à coups de hache; elles s'animent d'une passion sauvage quand au souirire fait explosion dans le regard. Certaine Aurassiènnes, enfin ont le teint clair, souvent piqué de teche de rousseur, les cheveux blonds ou chatains, les yeux bleus ou glauques, faiblement écartés. Quel que soit le groupe considéré, divers traits communs se révèlent chez les femmes; ils sont dans la voix harmonieuse et chantante, dans le charme du visage, plus séduisant qu'il n'est beau, dans l'allure : le corps droit, la tête haute, l'Aurasiène, bien que moins racée que l'Arabe, a quelle que soitr la classe sociale à laquelle elle appartiennent, un air de grandeur que l4Araben'a point; qu'elle brusqué, la bouche petite, le menton droit et long; ces trais délicats sont empreints d'une expression à la fois douce, ardente et grave. D'autres figurtes plus massives, les sourcils plus épais, le nez plus large, la bouche grande, semblent taillées à coup de hache; elles s'animent d'une passion sauvage quand un sourire fait explosion dans le regard. Certaines Aurassiène enfin ont le teint clair, souvent piqué de tache de rousseur, les cheveux blond ou châtains les yeux bleus ou glauques, faiblement écarté. Quel que soit le groupe considéré, divers traits communs se révèlent chez les femmes; ils sont dans la voix harmonieuse et chantante, dans le charme du visage, plus séduisant qu'il nest beau dans l'allure : le corps droit, la tête haute, l'Aurasienne, bien que moins racée que l'arabe a quelle que soit la classe sociale à laquelle elle appartiennent, un air de grandeur que l'arabe n'a point; qu'elle dépose un fardeau moissonne les céréales ou sa lève et s'avance pour recevoir un visiteur, elle a toujours la même aisance."

Conclusion générale

Il y a tant à dire, à écrire et à faire pour voir au-delà de la "façade" que représente le mot même des Aurès (par devant) pour pouvoir pénétrer la profondeur des Aurès quio mê, même si on peut simplementme par leur géographie et leur nature propre ne se laissent pas pénétrer facilement même si on peut simplement les contourner(carte des aurès depuis l'antiquité) ; L'Algérie est un pays comme un autre, reconnaitre le Génie de ses lieux, c'est connaitree l'âme profonde des régions de son pays et par extention celle de l'humanité entière.

Les Aurès sont une de ces régions qui représente un véritable fossile vivant avec des states séculaires qui affleuent en surface et mériteraient ainsi d'être mieux connues. La géologie moderne a maintrenant prouvé par des recherches récentes que les Alpes sont en fait une chaine de montagnes tout à fait africaines, du fait des mouvement tectoniques par les chocs des plaques de l'Afrique et de l'Europe et par les mêmes données, que les Aurès sont une chaine de montagne européennes par un effet de reflux après l'érection des Alpes. Par ce fait et bien d'autres en rapport avec la nature de l'écologie mondiale, les Arès représentent une fractalke des plus riches tout à fait présentative de l'univers de l'humanité.

Partout de par le monde, depuis la nuit des temps il y eut des hommes de lumière qui on su lire et transmettre à l'humanité L4AME de leur pays, on peut citer entre autres : GOETHE, NIETCHE, WAGNER et tant d'autres pour l'Allemagne; Voltaire, Rousseau, hugo et tant d'autres pour la France; Dostoîevski, Pouchkine, Tolstoî et tant d'autres pour la Russie; Cervantès, Gaudi, Dali et tant d'autres pour l'âme de la Catalogne et de l'Espagne; maispour l'âme de l'Algérie et des Aurès par qui et comment peut-on la connaitre et la trasmettre ?

Nous avons appoerté même modestement à ce sujet que l'exemple des comats méconnus d'AÏSSA AJERMOUNI de MESSAOUD AZLMADH de Belgacem Grine, qui une fois décodé peuvent ouvrir des portes ouvrir des portes vers la pénétration de l'âme de leurs Aurès natales.

Au lieu d'être connue, vcalorisée et transmise, l'âme des combattants pour la liberté de l'Algérie-ne serait-ce que depuis Massinissa, Jugurtha, Takfarinas, la Kahina, Benboulaid, Laghrour Abbes, à Boudiaf et tant d'autres-n'a cessé d'êtr et en allante marginalisée, folklorisée et finalement réduite pour mieux l'oublier.

En ouibliant cette âme profonde des Aurès et de l'Algérie et en allantjusqu'à en criminaliser la mémoire-comme jamais elle ne le fut en 2009-on ne peut que devenir aveugle et ne pas voir comment les Patrimoines les Espaces des Aurès et du pays ont été folklorisés et détruits à travers les siècle pour mieux être réduits et accaparés.

Les sciences, les Arts, les Littératures, les Cultures qu'elles soient vernaculaires ou soutenues par les meilleurs technologies, et ce qui fait Culture et Mémoire d'un espace et d'un peuple peuvent aider à connaitre lâme profonde d'une région ou d'un pays..

Que reste-t-il à faire ? -diront alors nos jeunes-pour que cette région ou ce pays qu'est l'Algérie s'y mettre à la connaissance, la valorisation et à la transmission de son propre patrimoine, sa culture et finalement sa propre âme

Réponse

"Se lever de son long sommeil, marcher et faire le très long chemin de "Menaâ à Chir". Retrouver le chemin de l'immaginaire de nos anciens contes des 7 montagneset des 7 mers à franchir de chaque histoire pour retrouver et tuer "l'ogre" de l'ignorance qui nous barre le chemin vers le savoir. Par monts des Aurès et d'Algérie et par vaux et vallées d'aillleurs, on y arrive à chaque fois qu'on s'en donne la peine.

Que fait-on ? dira encore cette même jeunesse-lorsque l'on est enfermé dans une prison ou un labyrinthe d'ignorances consolidées et de fausses croyances sociales le tout gardé par un Minotaure inhumain.

Réponse : fabriquer ses propres clés et tendre son propre fil d'Ariane avec sa propre culture, et sa mémoire ouvertes aux connaissances de l'Autre et par conséquent à-soi-même. Chacun porte en lui les meilleures clés pour s'en sortir.

 

1er colloque national (aurès : hitoire et culture)

"comprendre le passé pour mieux construire l'avenir"

1 et 2 juillet 2012 au muisée publique "les frère boulâziz khenchela

 

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 17:43

Z.jpgactuellement en voyage solidaire et culturel dans les aurès contact :05 54 65 47 74

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 17:38

portrait-amazigh-1.jpgDepuis les années soixante, nos programmes scolaires et nos médias focalisent l’attention et l’intérêt des Amazighs sur la cause, la langue, l’histoire, la religion, la culture et la civilisation des arabes et font même d’eux nos ancêtres à la manière dont les colons français faisaient des gaulois les ancêtres des algériens. Ils occultent tout ce qui nous appartient de propre et contrôlent de près chacun d’entre nous. Rien n’est laissé au hasard. Un Amazigh est plus sensible, par son éducation arabe et islamique acquise, à ce qui se passe à Gasa qu’au Nord Mali, juste à la porte de sa maison , chez ses sœurs et frères de sang Touaregs que les arabes, les occidentaux et les africains noirs vont bientôt exterminer ou faire de nouveau soumettre au régime noir raciste et chien de garde de la France coloniale d’hier et d’aujourd’hui sous prétexte de combattre les terroristes d’Aqmi, d’Al qaida et d’Ansan eddine qui ne sont en réalité que des soldats algériens ou marocains en civil et des mercenaires de tous bords financés par les pays du Golf , y compris des traitres amazighs touaregs, car c’est difficile de faire admettre qu’ils veulent en réalité tuer dans l’œuf le jeune Etat laïc amazigh des Touaregs d’Azawad . C’est extrêmement dangereux pour la France coloniale et les régimes arabes des pays de l’Afrique du Nord qui dominent les amazighs majoritaires par la force des armes et leur sinistre religion. Les régions amazighes sont laissées exprès pour compte pour obliger les habitants à l’immigration ou à l’exode vers les bidonvilles où ils sont obligatoirement arabisés et orientalisés au point où , à partir déjà de la deuxième génération, certains perdent complètement leur identité. Un ami qui a immigré en Allemagne dans les années cinquante s’est marié avec une Allemande et a eu avec elle un garçon et une fille. Il est resté en Allemagne jusqu’à sa retraite où il a laissé sa femme et ses enfants devenus adultes et allemands. Il a trimé toute sa vie pour élever ses enfants auxquels il a même ajouté un neveu devenu juge en Allemagne et pour construire une énorme maison avec plusieurs appartements, une véritable pyramide où il vit seul, face à lui-même comme un naufragé sur une île déserte . Il entretient aussi la vieille maison de ses parents et de son enfance également vide. Je lui ai toujours répété que moi aussi, qui n’ai jamais quitté mon pays et qui me suis toujours attaché à mon village où j’ai construit la maison de mes rêves , je me sens exactement comme lui. Je suis obligé de garder mon appartement de location en ville car au moment où je trimais pour construire une belle maison pour mes enfants et moi-même pour mes vieux jours sur la terre sacrée de mes ancêtres , je croyais que l’Etat que je supposais être le mien , allait me suivre et construire les infrastructures nécessaires pour nous rendre la vie agréable . Je ne savais pas qu’en tant qu’amazigh, j’avais seulement le devoir de travailler pour le bien être des arabes , de payer des impôts et de sacrifier ma vie s’il le faut pour défendre « mon » pays. En tant qu’Amazigh , je n’ai aucun droit et je ne suis pas un citoyen ni même un sujet au même titre qu’un marocain arabe victime de l’erreur historique de mes ancêtres qui se sont convertis successivement au judaïsme, au christianisme et à L’Islam. Nous sommes tous trahis par les anciens et les nouveaux colons. Les français et les arabes à leur suite ont placé exprès les routes et les grands projets loin des tribus amazighes qui ont résisté à la colonisation . Ils ont encouragé exprès l’exode et l’immigration des amazighs pour les diluer dans des communautés arabes et européennes. Les descendants arabisés des Amazighs sont nos pires ennemis. Nos fanatiques amazighs sont pires que les juifs, les chrétiens et les musulmans. Quand un amazigh demande de l’aide à un juif, à un chrétien ou à un musulman, la première condition qu’il lui impose c’est de se convertir à sa religion différente en apparence mais appartenant toutes aux descendants d’Abraham l’inventeur du dieu unique, source de tous les malheurs de l’Humanité depuis des siècles et encore de nos jours . Les Amazighs sont désormais divisés en trois groupes : 1/a)Il y a celles et ceux pour qui profitent le colonialisme et la dictature riches ou pauvres , un notable commerçant ou un talb qui maîtrise la langue arabe et adopte la religion de l’occupant. b)Il y a celles et ceux majoritaires qui sont handicapés par l’analphabétisme, la misère et la répression et réduits irréversiblement au stade animal. 2/Il y a celles et ceux qui préconisent de militer pour la cause amazighe d’une manière démocratique de l’intérieur, dans sa famille, son travail , les associations, les syndicats, les organisations non gouvernementales, les communes , le parlement et le gouvernement. C’est ce que nous avons fait en vain pour ma génération depuis l’indépendance de nos pays respectifs. Les Amazighs qui ont immigré en Europe ont réussi à gravir les échelons et à faire connaitre et imposer leur identité et culture amazighes. Malheureusement, la maudite religion des colons arabo-musulmans de l’Afrique du Nord les a vite rattrapés et stigmatisés aux yeux des occidentaux en les mettant dans le même panier que les arabes terroristes. 3/Il y a celles et ceux qui préconisent désormais la lutte armée à la manière des Kurdes et des Basques pour leur libération tout en laissant la porte ouverte aux négociations pour l’établissement d’une constitution par une assemblée constituante qui garantit le port d’armes comme nos ancêtres, la vraie garantie de l’application et du respect de cette constitution . Si nos parents portaient des couteaux, « koumiya » amazighe , ce n’était pas pour le décor mais pour leur défense. Nous avons le droit de porter comme eux les armes modernes de notre temps en femmes et hommes libres et civilisés. Ce sont les dictateurs qui désarment le peuple et le réduisent à un seul individu inculte, impuissant, maîtrisable et corvéable à merci. Partout où il y a de vraies démocraties, le port d’arme est autorisé. On peut distinguer l’amazighité inconsciente de la majorité droguée par l'ignorance , la religion des occupants successifs ou la misère et l’oppression et l’amazighité consciente et vigilante d’une minorité instruite et résistante au lavage des cerveaux et au dressage que lui ont fait subir les occupants successifs pendant des siècles. Personnellement, je suis pour la résistance armée où nous pouvons compter uniquement sur les progressistes et les libres penseurs de l’Occident et sur les pays en dehors de l’empire des religions monothéistes juive, chrétienne et musulmane sans distinction unies malgré les apparences par le dieu unique de leur ancêtre commun Abraham le juif . Auteur: Mohammed Hifad Date : 2012-11-18 20:53:00

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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 13:57

En vente ou à la location, pour être la plus belle pour aller dancer...

el-hef-en-soie.JPG

 

 

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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 08:23

fatihasaouli1.jpg

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 09:07

aures vivre la terre chaouie

''c'est la parole des hommes et des femmes d'une région, tout simplement du peuple chaoui, qui se défend contre l'oubli d'une Algérie ingrate, pour la pérennité”

 

 

Liberte

 

 

RENCONTRE À BATNA À L’OCCASION DE LA SORTIE DU BEAU LIVRE, “LES AURÈS, VIVRE LA TERRE CHAOUIE”
Une translation de la mémoire
Par : B. Boumaïla

 

Ce recueil de témoignage d'hommes et de femmes et de photographies fait découvrir une des plus belles régions d’Algérie, envoûtante et riche par son histoire, sa diversité biologique, ses richesses naturelles et historiques.

Les Aurès, vivre sur la terre chaouie est l’intitulé du beau livre qui vient de paraître aux éditions Chihab, en partenariat avec l’association les Amis de Medghassen. Cet ouvrage de 310 pages est une invitation à la visite de panorama majestueux de la région des Aurès, ainsi qu’à la découverte de l’histoire, grandiose, du peuple chaoui.

Les Aurès, vivre la terre chaouie est un recueil de témoignages d'hommes et de femmes, qui se mobilisent pour faire découvrir une des plus belles régions d’Algérie, envoûtante et riche par son histoire, sa diversité biologique, ses richesses naturelles et historiques. Le livre est également composé de photographies signés Kays Djillali et de témoignages d’une bonne cinquantaine de citoyens des Aurès, qui narrent le parcours du peuple chaoui, son histoire, ses origines. Présenté et dédicacé la journée du samedi, 9 juillet 2011, l'après-midi, à 16h, à la maison de la culture Mohamed-Laïd-Al-Khelifa de la ville de Batna, la rencontre a été animée par les auteurs de cet ouvrage : Nadia Bouseloua, Azeddine Guerfi, Rachid Mokhtari, Philippe Tiriez et par le photographe Kays Djillali.

Prenant la parole, Guerfi Azzeddine, l'un des concepteurs de cet ouvrage et directeur des éditions Chihab, explique que ce livre est venu d’une idée qui consiste à “amener le lecteur à la découverte de la région à travers un regard singulier, vivant, humain et actuel”. Et d’ajouter : “Ce livre se veut à la fois un guide et un apport documentaire en informations historiques, géographiques et culturelles, et son contenu repose essentiellement sur des rencontres avec les femmes et les hommes qui y vivent, portent sa mémoire, en s'inspirant dans leurs créations.” Par ailleurs, Les Aurès, vivre la terre chaouie est composé d’entretiens, de portraits, de biographies, de chronologies, de notices, de propos marquants et des plus beaux extraits de textes consacrés à cette région ainsi que les précisions scientifiques concernant son passé lointain ou contemporain.

En plus des beaux paysages, qu'ils renferment, “le livre donne pour la première fois dans un travail entrepris dans une région d'Algérie, la parole à celles et à ceux qui par leur regard de l'intérieur, transmettent une émotion, un attachement, une fierté d'y appartenir et d'y vivre”, souligne M. Guerfi. Dans la même perspective, Rachid Mokhtari (universitaire, journaliste et écrivain), qui est un autre concepteur de ce beau-livre, a estimé que “ce livre n'est pas une carte postale, ce n'est pas un document touristique, un ouvrage de paysages, mais beaucoup plus, c'est la parole des hommes et des femmes d'une région, tout simplement du peuple chaoui, qui se défend contre l'oubli, pour la pérennité”.

L'écrivaine Nadia Bouseloua, qui a contribué aussi à l'enrichissement de ce document, a signalé : “Parole d'honneur, il est lourd, mais ce qu'il contient est plus important que tout ce poids.” La conception ou la réalisation des Aurès, vivre la terre chaouie a pris à ces concepteurs une durée temporale de 48 mois. La bibliothèque des Aurès s'est enrichie d'un excellent document.

Les Aurès, vivre la terre chaouie. Beau livre (textes et photographies). 310 pages. Éditions Chihab. 3500 DA.

 

 

 

http://iflisen2008.over-blog.com/article-sortie-du-beau-livre-les-aures-vivre-la-terre-chaouie-79098372.html

 

http://youtube/2I96s7SfC04

http://iflisen2008.over-blog.com/article-sortie-du-beau-livre-les-aures-vivre-la-terre-chaouie-79098372.html

 

http://youtu.be/2I96s7SfC04

 

 

 

 

 

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 11:25

Conçu comme un guide, cet ouvrage constitue une véritable petite encyclopédie du monde berbère.
Il comporte tous les éléments indispensables pour comprendre les caractéristiques essentielles de la composante originelle des peuples maghrébins.
L’auteur présente successivement :
- L’origine des Berbères
- Les religions des Berbères
- L’histoire des Berbères
- La vie quotidienne (habitat, mobilier, cuisine, habillement, activités)
- L’art et la littérature
- L’organisation sociale
- La langue

Ces différentes présentations et synthèses sont accompagnées d’une illustration abondante et d’un choix de textes empruntés à divers auteurs berbères ou spécialistes du monde berbère.



Mohand Akli Haddadoule-guide-de-la-culture-berbere.jpg

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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 10:54

La langue berbère, ou tamazight, est présente à l'heure actuelle dans une dizaine de pays de l'ensemble Maghreb-Sahara-Sahel : Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Égypte, Niger, Mali, Burkina-Faso et Mauritanie. Mais l'Algérie et le Maroc sont, de loin, les deux pays qui comptent les populations berbérophones les plus importantes. Signe fort de l'identité berbère face à l'arabisation, la langue berbère est riche d'une tradition orale qui a su intégrer les médias modernes. De plus, la renaissance volontariste de l'alphabet traditionnel, les tifinagh, a permis de suppléer à la mémoire collective, de traduire les œuvres majeures du patrimoine mondial et développer une littérature berbère qui répond à une forte demande.

La langue berbère : le tamazight

La langue berbère, ou tamazight, est présente à l'heure actuelle dans une dizaine de pays de l'ensemble Maghreb-Sahara-Sahel : Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Égypte, Niger, Mali, Burkina-Faso et Mauritanie. Mais l'Algérie et le Maroc sont, de loin, les deux pays qui comptent les populations berbérophones les plus importantes.

L'évaluation du nombre de berbérophones est une question difficile et controversée car il n'existe pas dans les pays concernés de recensements linguistiques systématiques et fiables. De plus la situation générale – objective, institutionnelle, idéologique – de la langue berbère rend problématique toute évaluation : en fait, le nombre de berbérophones constitue en lui-même un enjeu politique important dans les pays du Maghreb et il a donc toujours fait l'objet de vives polémiques et d'estimations très divergentes. Pourtant, si l'on soumet à la critique l'ensemble des chiffres avancés par les diverses sources, depuis les débuts de la présence coloniale française jusqu'à nos jours, on peut raisonnablement estimer les berbérophones à :
– un pourcentage d'environ 25 % de la population en Algérie, soit entre 7 et 8 millions de personnes sur un total de 31 ou 32 millions d'habitants ;
– un pourcentage d'environ 40 % de la population au Maroc, soit 12 à 13 millions de berbérophones sur une population globale de 32 millions.

Au Maroc, la berbérophonie est répartie en trois grandes zones dialectales qui couvrent l'ensemble des régions montagneuses : au nord, le Rif avec le dialecte tarifit ; au centre, le Moyen-Atlas et une partie du Haut-Atlas avec le dialecte tamazight ; au sud/sud-ouest – Haut-Atlas, Anti-Atlas et Sous –, le domaine chleuh avec le dialecte tašelhit.

En Algérie, la principale région berbérophone est la Kabylie. D'une superficie relativement limitée mais très densément peuplée, elle représente à elle seule plus des deux tiers des berbérophones algériens, soit au moins cinq millions de personnes. L'autre groupe berbérophone significatif est constitué par les Chaouias de l'Aurès : autour d'un million de personnes. Il existe de nombreux autres groupes berbérophones en Algérie mais il s'agit de petits îlots résiduels, de faible importance : Ouargla-Ngouça, Gourara (région de Timimoun), Sud-Oranais, Djebel Bissa, Chenoua… Le plus important est sans conteste le Mzab – Ghardaïa et les autres villes ibadhites – qui doit compter de 150 000 à 200 000 personnes. Le troisième et dernier grand ensemble berbérophone est constitué par les populations touarègues, à cheval sur plusieurs pays à travers la zone saharo-sahélienne : principalement le Niger avec environ 500 000 personnes et le Mali, de 300 000 à 400 000. Les autres pays : Algérie (Ahaggar, Ajjer), Libye (Ajjer), Burkina-Faso comptent des effectifs touaregs plus modestes qui ne dépassent pas quelques dizaines de milliers de personnes. L'ensemble des populations touarègues avoisine donc le million d'individus.

Le reste de la berbérophonie est constitué par des isolats, généralement très menacés, disséminés :
– en Tunisie (un peu plus de 50 000 personnes), à Djerba (en partie) et dans une dizaine de villages dans le centre-sud du pays ;
– dans le Sud de la Mauritanie (Zenaga) : entre 5 000 et 10 000 individus ;
– en Égypte dans l'oasis de Siwa dont la population varie de 5 000 à 10 000 personnes selon les sources,
– et, surtout, en Libye (Tripolitaine : Zouara et le Djebel Nefoussa) où les groupes berbérophones sont nettement plus importants et plus résistants.

Mais ce ne sont là que les localisations traditionnelles car, depuis le début du XXe siècle et surtout depuis la décolonisation, les phénomènes migratoires et l'exode rural très important qu'a connus tout le Maghreb font qu'il existe de très consistantes communautés berbérophones dans les principales villes du Maghreb : Alger et Casablanca en sont les illustrations les plus marquantes. Mais le processus a touché aussi l'Europe, notamment la France, où l'immigration berbère est très ancienne et numériquement considérable : les Kabyles à eux seuls y représentent sans doute un bon million de personnes. Au point où Paris peut sans doute être considéré comme la plus grande ville berbère du monde.

Unité et diversité de langue berbère

La langue berbère se présente donc actuellement sous la forme d'un nombre élevé de « dialectes », c'est-à-dire de variétés régionales, répartis sur une aire géographique immense et souvent très éloignés les uns des autres. Les échanges linguistiques entre les différents groupes berbérophones sont faibles en raison même de ces distances ; ce ne sont que les mouvements de populations récents et les médias modernes, avec la radio, les disques, les cassettes, qui ont rétabli le contact. De plus, il n'a jamais existé dans le monde berbère d'instance de normalisation et d'unification de la langue : il n'y a pas de norme instituée de la langue berbère, même pour les usages littéraires. Chaque groupe emploie son ou ses parlers locaux qui ne sont guère utilisés que pour la communication intra-régionale. D'une certaine façon, la notion de « langue berbère » est une abstraction linguistique et non une réalité sociolinguistique identifiable et localisable. La seule réalité observable réside dans les usages locaux effectifs.

Pourtant, malgré cette situation d'extrême fragmentation, ce n'est pas sans raisons sérieuses que la tradition scientifique berbérisante parle généralement d'une (seule) langue berbère, divisée en dialectes – ensembles régionaux à intercompréhension immédiate –, eux-mêmes composés de parlers locaux correspondant à peu près aux anciennes unités tribales. C'est que, malgré la dispersion géographique, malgré l'absence de pôle de normalisation et en dépit de la faiblesse des échanges, les données structurales fondamentales restent les mêmes partout : le degré d'unité, notamment grammaticale, des parlers berbères est tout à fait étonnant eu égard aux distances et vicissitudes historiques. Les divergences sont presque toujours superficielles et ne permettent pas d'établir une distinction tranchée entre les dialectes : la plupart des critères de différenciation – qu'ils soient phonologiques ou grammaticaux – se distribuent de manière entrecroisée à travers les dialectes. En termes dialectologiques, on dira qu'il n'y a pas de véritables faisceaux d'isoglosses délimitant les dialectes. En fait, seul le touareg et les parlers les plus périphériques (Libye, Égypte et Mauritanie) présentent un ensemble de caractéristiques linguistiques spécifiques qui pourraient justifier qu'on les considère comme des systèmes autonomes, et donc comme des « langues » particulières. Encore qu'il s'agisse, le plus souvent, plus de modalités particulières de réalisation que de véritables différences structurales.

Berbères et berbérophones

On a parlé de berbérophones et de berbérophonie car, à l'heure actuelle, le critère le plus évident, le plus indiscutable d'identification des populations berbères est la langue. Non qu'il n'y ait d'autres traits socio-culturels distinctifs – une tradition orale spécifique, un patrimoine culturel, des particularités d'organisation sociale… – mais tous ces autres paramètres ont un pouvoir discriminant moins net.

Ces berbérophones, identifiés par une pratique linguistique spécifique, sont de nos jours démographiquement minoritaires parce que le Maghreb a connu depuis le Moyen Âge un lent processus d'arabisation linguistique. Le fond du peuplement maghrébin est donc d'origine berbère : l'immense majorité des arabophones actuels ne sont que des Berbères arabisés depuis des dates plus ou moins reculées. Mais au niveau des réalités socio-culturelles présentes, il est évident que la berbérité, la conscience d'être Berbère est liée à la berbérophonie et ne concerne plus qu'une minorité, importante, de la population de ces pays.

Les grandes lignes historiques du processus d'arabisation linguistique du Maghreb ont été posées, il y a déjà longtemps, par l'arabisant W. Marçais (1938-1961). On trouvera également une synthèse réactualisée sur cette question chez Gabriel Camps dans son introduction au volume I de l'Encyclopédie Berbère. Les causes de ce processus de substitution linguistique qui a fait que de nombreux Berbères ont abandonné leur langue au profit de l'arabe sont multiples et entrecroisées. Mais une détermination fondamentale est à l'œuvre depuis treize siècles : la domination symbolique qu'exerce la langue arabe dans tout l'espace musulman ; le rapport entre arabe et berbère a été, très tôt, une relation déséquilibrée en raison du lien consubstantiel de l'islam à la langue arabe. En Berbérie comme dans tout le monde musulman non arabe, il y a toujours eu valorisation marquée de l'arabe, langue du sacré, langue de Dieu, mais aussi langue de l'écrit et du savoir légitime, langue du pouvoir et de la ville. Au Maghreb, cette prééminence a sans doute été plus marquée qu'ailleurs car le berbère était une langue sans tradition écrite et sans rayonnement large.

Berbère et arabisation dans le Maghreb actuel

L'arabisation est aussi au Maghreb, notamment en Algérie et au Maroc, une politique des États qui se définissent comme arabes et musulmans. Ce n'est que depuis des dates très récentes que le berbère a commencé à obtenir droit de cité : enseignement universitaire, enseignement facultatif dans les collèges et lycées en Algérie, expériences d'intégration dans l'enseignement primaire au Maroc… Mais son statut juridique et de fait reste encore très marginal et incertain et peut être approximativement comparé à celui des langues régionales en France.

Concurrencée et grignotée depuis des siècles par l'arabe, intégrée dans des cadres géo-politiques très diversifiés, la langue berbère connaît d'importantes variations dans sa situation générale suivant les pays et les régions. Ses capacités de résistance face au mouvement historique et sociologique d'arabisation et aux politiques linguistiques étatiques sont donc assez différenciées selon les régions. Selon le poids démographique des populations, l'étendue géographique, l'expérience politique, le degré de prise de conscience et la densité de la vie culturelle locales, le berbère pourra être sérieusement menacé de disparition – c'est le cas général des petits isolats berbérophones et des régions très perméables à l'idéologie et à la culture arabo-islamiques –, ou au contraire manifester une forte résistance et un réel dynamisme comme en Kabylie.

L'écriture berbère : tifinagh et libyque

Les Berbères possèdent une écriture alphabétique consonantique qui leur est propre depuis l'Antiquité. Les inscriptions les plus anciennes qui aient pu être datées remontent au VIe siècle avant J.-C. Cette écriture est attestée durant toute l'Antiquité, aux époques punique et romaine. Elle est précisément mentionnée par des auteurs latins tardifs du Ve et VIe siècles après J.-C. Les auteurs arabes médiévaux n'évoquent jamais l'existence d'une écriture chez les Berbères ; on peut donc raisonnablement penser que celle-ci était sortie de l'usage au Maghreb avant l'établissement définitif des Arabes au début du VIIIe siècle. Sa disparition dans la zone Nord du monde berbère se situerait donc entre environ 600 et 700 après J.-C.

En revanche, son utilisation a perduré chez les Touaregs qui la dénomment tifinagh. Chez eux, cette écriture a des fonctions essentiellement ludiques et symboliques ; elle n'a pas servi à fixer la mémoire historique ou la littérature de ce groupe.

Son usage était également limité durant la période antique où elle dénommée « écriture libyque » car les Anciens appelaient « Libye » l'ensemble de l'Afrique du Nord ; elle ne nous est parvenue qu'à travers des inscriptions funéraires et votives. Malgré cette forte limitation de ses fonctions, il s'agit bien d'une véritable « écriture nationale » des Berbères puisqu'on en rencontre des traces dans toute l'aire d'extension de la langue berbère : de la Libye au Maroc, de la Méditerranée au Sahel.

L'origine de l'écriture berbère reste obscure et controversée. L'hypothèse d'une genèse locale spontanée, sans aucune influence externe, doit certainement être écartée car il n'y a pas au Maghreb de tradition d'écriture pré-alphabétique, syllabique ou idéographique, qui autoriserait à retenir l'idée d'une formation totalement indigène : l'alphabet ne peut naître brutalement sans un long processus antérieur de perfectionnement à partir d'autres types d'écriture. En fait, tout un faisceau d'indices objectifs va dans le sens d'une formation endogène, sur la base de matériaux locaux non alphabétiques, sous l'influence forte d'un alphabet sémitique, probablement le phénicien ; une création par imitation en quelque sorte, processus dont on connaît d'autres exemples avérés en Afrique de l'Ouest et en Amérique du Sud, notamment, où des groupes humains en contact avec d'autres peuples pratiquant l'écriture – Arabes, Européens – ont inventé, quasiment de toutes pièces, leur propre écriture.

Comme la langue, l'écriture berbère n'est pas absolument unifiée : elle connaît un assez grand nombre de variantes, à travers le temps et les régions. Pour les périodes anciennes, on distingue au moins trois alphabets différents : libyque occidental, oriental et saharien ; dans la période contemporaine, chaque confédération touarègue utilise un alphabet légèrement différent de celui des groupes voisins. Ces variations s'expliquent à la fois par une adaptation aux particularités phonétiques locales et par la durée d'existence de cette écriture qui a induit d'inévitables évolutions et adaptations.

À partir des années 1970, à l'initiative d'un groupe militant kabyle basé à Paris, « l'Académie Berbère », on a assisté à une véritable renaissance de ce vieil alphabet berbère qui est employé, dans une version fortement modernisée, pour la notation usuelle du kabyle. Insérés dans une aire de vieille culture scripturaire, les Berbères ont depuis toujours vu leur langue et leur culture dévalorisées par leur statut d'oralité. Situation qui a induit dans la période contemporaine une réaction très volontariste visant à démontrer que « le berbère ça s'écrit ! ». C'est ainsi que l'on peut expliquer l'existence dans la sensibilité berbère de ce courant qui prône le retour au vieil alphabet berbère, les tifinagh, qui présente le double avantage de marquer l'appartenance historique incontestable de la langue berbère au monde de l'écriture et d'assurer la discrimination maximale par rapport aux cultures environnantes puisque cet alphabet est absolument spécifique aux Berbères. En exhumant cette antique écriture – sortie partout de l'usage depuis des siècles, sauf chez les Touaregs –, ces militants se donnent une arme particulièrement efficace dans un environnement où l'écriture est mythifiée, voire sacralisée. Et comme cet alphabet berbère est attesté depuis la protohistoire, les Berbères accèdent ainsi à l'histoire et à la civilisation, antérieurement à la plupart des peuples qui ont dominé le Maghreb, notamment les Arabes ! Les tifinagh permettent aux Berbères de ne plus être catalogués parmi les barbares et autres primitifs, pour qui la seule alternative est de se fondre dans les « grandes » cultures (écrites), en l'occurrence la culture arabo-islamique… C'est ce qui permet de comprendre le succès et l'envahissement de l'espace public en Kabylie notamment par cette écriture, y compris au niveau de la signalétique officielle municipale.

Ce sont certainement ces deux facteurs, historicité et spécificité, qui fondent l'engouement pour les tifinagh non seulement en Kabylie, mais aussi dans toutes les autres régions berbérophones (Maroc, domaine touareg), surtout dans les milieux militants et populaires. Il est d'ailleurs intéressant de constater que, plus de trente années après leur mise en circulation par des militants radicaux kabyles, l'institution marocaine adopte ces « néo-tifinagh » comme alphabet officiel du berbère par décision de l'Institut royal pour la culture amazigh : les précurseurs de l'« Académie berbère » de Paris n'espéraient certainement pas un tel succès !

La littérature berbère

Les Berbères possèdent donc depuis l'Antiquité un système d'écriture qui leur est propre. Mais, curieusement, à aucune période de l'histoire et en aucun lieu, il ne semble que cette écriture ait servi de support à une production littéraire, ni même à la fixation de la mémoire collective d'un groupe par la rédaction de chroniques historiques, par exemple. Partout, depuis l'aube de l'histoire, lorsqu'il s'est agi de rédiger des documents écrits consistants, les Berbères ont eu recours aux langues et/ou aux alphabets des peuples dominants avec lesquels ils étaient en contact : punique, latin puis arabe ou français.

Une tradition orale riche et diverse

Pourtant, les Berbères ont et ont toujours eu une tradition littéraire très vigoureuse et diversifiée : poésie, contes, légendes, devinettes et énigmes… Au Moyen Âge déjà, un auteur arabe comme Ibn Khaldoun s'émerveillait de la prolixité de cette littérature berbère. En fait, dans les sociétés berbères traditionnelles, tous les moments de la vie, quotidiens ou exceptionnels, sont ponctués par la littérature, poésie, chants, contes… Les fêtes – naissances, circoncision, mariage, mort – étaient l'occasion de poésies et chants rituels ou improvisés ; tous les actes de la vie quotidienne donnaient naissance à des genres particuliers : chants de travail, chant de tissage, contes des veillées, chants et poésies de pèlerinage… Dans la société ancienne, les personnes âgées, hommes et femmes, étaient les principaux dépositaires et transmetteurs de ce patrimoine littéraire oral, mais tout le monde était peu ou prou poète ou conteur.

Certains bien sûr étaient plus doués que la moyenne et faisaient de la littérature leur métier. Il existait ainsi, dans tous les groupes berbérophones, des poètes reconnus, des bardes et troupes itinérantes qui allaient de village en village, de tribu en tribu, avec un accompagnement musical léger, conter les légendes des temps anciens, apporter les nouvelles d'horizons lointains, glorifier les exploits de tel groupe ou de tel guerrier, stigmatiser la lâcheté ou les méfaits de tel autre… Mémoire ambulante du groupe, dispensateurs du blâme et de l'éloge, ces « professionnels » assuraient un rôle important pour la cohésion des groupes. Partout, bien sûr, cette forme de diffusion a été mise à mal et il n'en subsiste plus que des lambeaux épars et fragiles.

Mais elle a très tôt été relayée par les supports modernes, que les poètes et chanteurs berbères se sont partout appropriés : le disque d'abord, puis la cassette et le CD ! Dès les années 1920-1930, se constitue une « chanson moderne » kabyle, puis chleuh, qui puise directement son inspiration et ses formes dans la tradition littéraire poétique, tout en s'ouvrant largement sur le monde et ses influences thématiques et musicales.

En milieu berbère, il n'est pas possible de distinguer nettement entre poésie traditionnelle et chanson moderne ; la continuité est très forte entre le poète ancien, ses œuvres et ses fonctions, et le chanteur moderne kabyle ou chleuh qui se produit sur une scène parisienne. Tous véhiculent les valeurs et les espoirs du groupe, tous restent avant tout les porte-parole de leur communauté.

La naissance de l'écrit littéraire

Avant l'irruption de l'Occident avec la colonisation française, tout ce patrimoine littéraire n'a été que très rarement fixé à l'écrit. La seule exception notable encore vivante est la tradition littéraire écrite, en caractères arabes, des Chleuhs du Sud marocain. Il s'agit, pour l'essentiel, de poésies et légendes d'inspiration religieuse – hagiographie ou édification. Bien sûr, il a existé aussi, selon le témoignage des sources arabes, des productions religieuses, historiques et même scientifiques écrites en berbère dans tout le haut Moyen Âge maghrébin ; mais ces tentatives ne se sont nulle part stabilisées et maintenues pour donner naissance à une véritable tradition écrite. Même chez les Chleuhs, la littérature écrite restait l'apanage de milieux lettrés très restreints et avait plutôt une fonction d'aide-mémoire pour les détenteurs de ce patrimoine que de support à une diffusion large.

Il faudra donc attendre la période coloniale et la très forte influence de l'école et de la culture françaises pour que naisse une véritable production littéraire écrite en langue berbère. Elle est encore expérimentale et très inégalement développée selon les régions. Comme en bien d'autres matières, la Kabylie (Algérie) a une solide avance ; elle est suivie par le domaine chleuh (Sud marocain) qui connaît aussi des expériences littéraires écrites non négligeables ; par le monde touareg nigéro-malien et, timidement, par le Mzab. Ce « palmarès » est bien entendu, pour chaque région, le reflet direct du degré de prise de conscience identitaire et d'engagement dans la défense de la langue et de la culture berbères.

Une dynamique ancienne et continue

Le « passage à l'écrit » est une tendance déjà ancienne, repérable dès le début du XXe siècle chez les berbérisants et militants kabyles. Chez eux, cette volonté d'opérer le passage à l'écrit se traduit par la publication d'importants corpus littéraires ou de textes sur la vie quotidienne. Boulifa peut être considéré comme le premier prosateur kabyle : sa Méthode de langue kabyle (1913) comporte plus de 350 pages imprimées de textes berbères non traduits, composés directement à l'écrit par l'auteur.

Dès cette époque, le support écrit imprimé commence à suppléer significativement à la transmission orale et à la mémoire collective. Car les conditions de production et de diffusion de la littérature sont profondément affectées par les bouleversements socio-économiques et politiques que subit la Kabylie dans la dernière moitié du XIXe siècle. Les anciens bardes disparaissent très vite, le tissu tribal qui portait cette production littéraire très socialisée s'effondre. Les premières générations d'instituteurs kabyles arrivent donc à un moment charnière qui les met en position d'assurer le relais dans la transmission du patrimoine.

La scolarisation ancienne et relativement forte en Kabylie fait que ce mouvement de « sensibilisation à l'écrit berbère » a touché des couches non négligeables de la société. La pratique écrite du berbère, le savoir berbère moderne ne sont pas confinés à une élite restreinte, de niveau universitaire. Sans que l'on puisse parler de phénomène de masse, cela concerne des milieux d'instruction très moyenne, voire primaire, de condition souvent modeste.

À partir des années 1930, cette veine culturaliste, fortement liée aux métiers de l'enseignement et de l'écriture, a été confortée par des noms dont certains sont devenus illustres en tant qu'auteurs de langue française : Jean et Taos Amrouche, Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri, Malek Ouary… Parallèlement à leur création littéraire francophone, ces écrivains affirment leur ancrage dans la culture berbère et œuvrent concrètement pour elle par un travail constant de promotion. Les Chants berbères de Kabylie (1939) de Jean Amrouche, Les poèmes de Si Mohand (1960) de Mouloud Féraoun, Le Grain magique (1966) de Taos Amrouche, les Isefra de Si Mohand (1969) et les Poèmes kabyles anciens (1980) de Mammeri sont les grandes dates de cette action.

Dès 1945-1950, la diffusion de l'écrit à base latine, en dehors de tout enseignement formalisé du berbère en Kabylie, est suffisamment avancée pour que de nombreux membres de ces élites instruites kabyles soient capables de composer et écrire le texte de chansons, de noter des pièces de poésie traditionnelle. Belaïd At-Ali, qui n'était pas l'un des plus instruits, rédige à la même époque (avant 1950) ce qui doit être considéré comme la première œuvre littéraire écrite kabyle : Les cahiers de Belaïd, recueil de textes, de notations, descriptions et réflexions sur la Kabylie tout à fait exquises – une sorte d'anticipation, en kabyle, de Jours de Kabylie de Feraoun.

L'après-indépendance : la consolidation

Le mouvement de production littéraire s'est poursuivi, avec un net regain depuis 1970, si bien qu'il existe actuellement :
– des traductions-adaptations en berbère d'œuvres littéraires internationales ou maghrébines ; par exemple : de Brecht, L'exception et la règle ; de Molière, Tartuffe, L'avare… ; de Beckett, En attendant Godot ; de Gide, Le retour de l'enfant prodigue ; de Kateb, Mohammed prend ta valise, La guerre de 2000 ans ; de Feraoun, Jours de Kabylie… ;
– des œuvres littéraires originales : des pièces de théâtre, des recueils poétiques, des romans (Kabylie), des recueils de nouvelles, des essais historiques…
- et, depuis le début des années 1990, même un embryon de presse, notamment en Kabylie.

On peut désormais parler d'une littérature écrite berbère. Elle est, bien sûr, encore modeste et se constitue quasiment sous nos yeux, mais on ne doit pas perdre de vue dans son évaluation qu'elle est née et s'est développée dans des conditions extrêmement défavorables.

Les inspirations de la néo-littérature

« Le modernisme »

On entend par là un effort permanent pour inscrire la culture berbère dans un champ de références modernes et universelles, pour les faire sortir de leurs sphères traditionnelles, rurales et familiales. La néo-culture et la néo-littérature berbères tendent, depuis au moins 1945, à faire du berbère un moyen d'expression et de création en prise avec les courants de pensée du monde moderne et de la culture universelle.

Les « berbéro-nationalistes » des années 1940 sont fortement influencés par les expériences révolutionnaires et patriotiques étrangères : Révolution russe, résistance nationale irlandaise, traditions nationalistes européennes du XIXe siècle. On traduit L'internationale, des poèmes romantiques allemands comme Uhland, dont le Ich hatte einen Kamerad devient Ghuri yiwen umeddak°el. Comme on l'a vu, plus récemment, on a adapté Brecht, Beckett, Molière en kabyle. Ces expériences n'ont pas toutes la même portée, mais toutes ont en commun la volonté d'insérer la langue et la culture berbère dans la modernité, de s'approprier les éléments fondamentaux du patrimoine historique, culturel et éthique international.

Une littérature de combat

Exclue depuis des siècles des sphères du pouvoir et de l'État central avec lequel les Berbères ont été en conflit quasi permanent, la culture berbère véhicule une tradition de résistance et de dissidence très ancienne. Dans la période contemporaine, cette donnée fondamentale – qui définit un paysage culturel très éloigné de l'arabo-islamisme orthodoxe urbain – n'a fait que s'accentuer : du fait du contexte culturel et politique, chanter, parler en public, écrire en berbère était en soi un engagement. Il s'en suit que la néo-littérature berbère est globalement d'une tonalité très critique. On y trouve les traces de tous les combats récents et actuels : lutte anti-coloniale, critique sociale et politique, affirmation identitaire, critique de la religion, de l'arabisation, anti-militarisme – Le déserteur de Boris Vian est traduit et chanté en kabyle –, revendication féministe…

De plus, la longue exclusion des espaces officiels a fait que la création berbère s'est développée le plus souvent hors des cadres institutionnels : elle en acquiert une grande autonomie par rapport à l'idéologie et à la culture étatiques. Depuis l'indépendance, la culture berbère constitue un espace de liberté conquise, un refuge et un support pour la pensée non conformiste ou dissidente. Le degré de violence qu'atteint la critique du pouvoir politique et de ses pratiques, de la répression, de la religion officielle… dans la nouvelle littérature berbère est à peu près inconcevable dans la production en langue arabe ou française.

La quête identitaire

Mais la clef de voûte, l'inspiration permanente est indiscutablement la quête identitaire. Recherche du moi individuel et du nous collectif face à l'arabité et à l'arabisme négateur, face à l'Occident aussi, elle prend des formes diverses : quête mythologique, plutôt désespérée ou parcours de combat. Chez tous, l'histoire, le groupe sont convoqués, interpellés, et sommés de pallier la défaillance passée. Même si certains auteurs ont une inspiration plus personnelle, plus nostalgique aussi, globalement on a affaire à une littérature qui pose la question de l'existence berbère, du destin berbère, autour du thème-pivot angoissé : Allons-nous disparaître, que faire pour préserver la chaîne de transmission ?

Littérature de combat, littérature d'affirmation et de quête identitaire, expression d'un groupe menacé, l'avenir de cette production sera évidemment étroitement dépendant du devenir socio-politique des populations berbérophones et du statut, juridique et réel, de leur langue et de leur culture. On peut cependant penser qu'un saut qualitatif, sans doute irréversible, a été accompli au moins dans le domaine kabyle. Non seulement cette néo-littérature existe et se développe, mais tout indique qu'elle répond à une demande sociale forte, dans une région réceptive, à très fort taux de scolarisation et à conscience identitaire aiguisée.

Jusqu'à une époque toute récente, les meilleurs spécialistes du Maghreb prévoyaient tous la fusion prochaine de l'élément berbère dans le creuset arabe. Pourtant, si l'on met bout à bout l'ensemble des pièces du puzzle, force est de constater que « le terrain berbère a bougé et bouge » partout ; qu'un travail de production et de (re) construction est en marche : un espace transnational culturel, intellectuel et scientifique, voire politique, berbère est en voie de constitution. Et c'est essentiel pour l'avenir. Les situations restent diverses, mais partout les fils sont renoués, la flamme de la conscience (r) allumée. L'aspiration berbère s'exprime désormais ouvertement et de plus en plus solidement et bouleverse radicalement l'échiquier intellectuel et politique maghrébin. En deux ou trois décennies un véritable retournement historique s'est produit.

Décidément, les Berbères ne sont pas encore une espèce en voie de disparition et ils peuvent encore modeler le visage du Maghreb de demain.

Salem Chaker
Mai 2004
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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 09:32

Les Berbères (en berbère Imazighen, au singulier Amazigh) sont un ensemble d'ethnies autochtones d'Afrique du Nord. Ils occupaient, à une certaine époque, un large territoire qui allait de l'Ouest de la vallée du Nil jusqu'à l'Atlantique et l'ensemble du Sahara et y fondèrent de puissants royaumes, formés de tribus confédérées. Connus dans l'Antiquité sous les noms de Libyens, Maures, Gétules, Gar...amantes ou encore Numides, ils connurent ensuite la conquête romaine, la christianisation, l'invasion vandale, la conquête arabe et la conversion à l'islam. Le plus connu des royaumes berbères fut la Numidie avec ses rois tels que Gaïa, Syphax et Massinissa. On peut aussi parler de l'ancienne Libye ainsi que des tribus connues tels que les Libus, et les XXIIe et XXIIIe dynasties égyptiennes, qui en sont issues. Sans oublier la civilisation de Carthage créée par les colons Phéniciens, qui fera plus tard partie de la Province romaine d'Afrique suite à la troisième guerre punique. Il y eut aussi des expansions berbères à travers le Sud du Sahara, la plus récente étant celle des Touaregs et la plus ancienne celle des Capsiens. Plus réduites, les zones berbérophones d'aujourd'hui sont inégalement réparties dans des pays tels que le Maroc, l'Algérie, la Libye, la Tunisie et l'Égypte. Les langues berbères forment une branche de la famille des langues afro-asiatiques. Autrefois, leur alphabet était le tifinagh, encore utilisé par les Touaregs. Les Berbères constituent donc une mosaïque de peuples de l'Égypte au Maroc, se caractérisant par des relations linguistiques , culturelles et ethniques. On distingue plusieurs formes de langues berbères : chaoui, chleuh, kabyle, mzabi, zenati, tamasheq, tergui sont les plus importants composants du Tamazight (c'est-à-dire « langues des Imazighen »). À travers l’histoire, les Berbères et leurs langues ont connu des influences romaines, puniques, arabes, turque ou encore françaises, ce qui fait que de nos jours, sont appelés officiellement « berbères », les ethnies du Maghreb parlant, se considérant et se réclamant berbère. Selon Charles-Robert Ageron, « dans l'usage courant, qui continue la tradition arabe, on appelle Berbères l'ensemble des populations du Maghreb »[1].

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 09:39
Tilelli Aman a créé le document : « LITTÉRATURE BERBÈRE Regard sur l’œuvre de Mohya »

LITTÉRATURE BERBÈRE

Regard sur l’œuvre de Mohya

 

Interne au Lycée Amirouche à Tizi-Ouzou, le jeune Mohya était un brillant élève, il décroche son bac en 1968. Il rejoint l’université d’Alger où il poursuit des études supérieures en mathématiques. Il obtient sa licence en 1972. Il participe à un concours qu’il obtient, il est alors autorisé à s’inscrire à l’Ecole d’ingénieurs en hydraulique en France.

 

Mohya, de son vrai nom Mohia Abdellah, est écrivain, poète et traducteur de langue berbère (kabyle). Mohia Abdellah (ou Muhya, Muhend u Yehya) est né le 1er novembre 1950 à Ieezz’ugen (Azazga). Sa famille est originaire d’At-Rbah (commune d’Ibudraren) dans la célèbre tribu des At-Wasif mais son père, tailleur de profession, s’est installé depuis quelques années à Azazga. Mohya a passé une partie de son enfance dans cette région avant que sa famille ne déménage à Tizi Ouzou. Interne au Lycée Amirouche à Tizi Ouzou, le jeune Mohya était un brillant élève, il décroche son bac en 1968. Il rejoint l’université d’Alger où il poursuit des études supérieures en mathématiques. Il obtient sa licence en 1972. Il participe à un concours qu’il obtient, il est alors autorisé à s’inscrire à l’Ecole d’ingénieurs en hydraulique en France. En 1973, il part donc en France, plus précisément à Strasbourg, mais au cours de la même année il rejoint Paris. Il intègre le Groupe d’études berbères créé à l’Université Paris VIII (Vincennes). Il sera un des animateurs des revues publiées par ce groupe : Bulletin d’études berbères (BEB) puis Tisuraf. En parallèle, il travaillait comme veilleur de nuit dans un hôtel du 7ème arrondissement. Il a animé la troupe “Asalu” à partir de 1983. C’est autour de cette dernière qu’un atelier de traduction-adaptation s’est constitué. Pendant de nombreuses années, il tenait un commerce d’alimentation générale à Paris. Il a par ailleurs enseigné le berbère à l’ACB.

Il a publié des poèmes, des nouvelles ainsi que de nombreuses traductions vers le kabyle de pièces de théâtres (plus d’une vingtaine), nouvelles, poésies... Dans cet article, il sera question d’une présentation succincte de l’ensemble de l’œuvre accomplie.

 

L’œuvre de Mohya est très diverse et s’inscrit dans trois domaines différents :

1. L’œuvre littéraire proprement dite constituée de poèmes, de nouvelles et autres textes littéraires divers, créations propres de l’auteur.

2. L’œuvre littéraire populaire recueillie et/ou complétée par l’auteur.

3. Les œuvres traduites et adaptées vers le kabyle à partir du français et faisant partie de patrimoines littéraires (et/ou artistiques) étrangers.

1 - L’œuvre littéraire de Mohya :

Elle est constituée essentiellement de deux genres littéraires : la poésie et la nouvelle (ou conte).

1.1. La poésie :

Dès son entrée à l’Université d’Alger en 1970, le jeune Mohya, fréquente le cours de berbère dispensé par Mouloud Mammeri à l’Institut d’éthnologie. Au cours d’une excursion à Tala-Guilef, il lit le poème qu’il venait de composer Ayen bghigh (= Ce que je veux/ Mon amour) en présence de M. Mammeri. Ce dernier n’a pas manqué de le féliciter et de l’encourager à continuer sur cette voie. Ayen bghigh est chanté par le groupe “Imazighen Imoula” constitué autour de Ferhat sous une version intitulée Ayen righ. Mohya est désormais sorti de l’anonymat.

Au cours des années 70, Mohya continuera à composer des poèmes. Certains parmi ces derniers auront une diffusion massive. Ainsi, Tahya Barzidan (=Vive le président !) et Ammarezg-nneg ! (Oh, notre bonheur !...), publiés dans Tisuraf ont connu un grand succès après leur reprise en versions chantées par Ferhat.

Mohya composera de nombreux poèmes. Les plus connus restent ceux qui sont repris par les chanteurs kabyles. Dans une société où l’oralité reste l’un des rares vecteurs de transmission de savoirs, il faut reconnaître que les vers de Mohya ont connu une large diffusion surtout avec une chanson mise au service la revendication berbériste contre le déni identitaire.

D’autres poèmes de Mohya sont chantés par Takfarinas, a win iheddren fell-i ; par Malika Domrane, Ad’ellaâ iqqersen ; par Idir, ay arrac nneg ; Slimane Chabi Ad ghregh di lakul...

Comme préface au recueil de Amar Mezdad, Tafunast igujilen publié comme supplément à Tisuraf, Mohya y met un poème Tarebget.

Mais un bon nombre de ses poèmes reste encore inédit.

1.2. La nouvelle et le conte :

Les nouvelles écrites par Mohya sont nombreuses. Mais ne sont connues du public que celle éditées dans les cassettes audios 1 à 5. A titre d’exemple, nous pouvons citer : Tamacahut n Iqannan (histoire des nains), Tamacahut n ileghman (histoire des chameaux), Tamacahut n yeghyal (histoire des ânes), Asmi nxeddem le théâtre (Quand on faisait du théâtre), Wwet ! (Frappe donc !)... Une dizaine d’autres nouvelles restent inédites.

1.3. Préfaces et essais :

Outre une préface en kabyle au recueil de chansons de Slimane Azem, Izlan, Mohya a publié une présentation de la chanson de ce poète. Il a également fait une autre préface au recueil de Lwennas Iflis (Tisuraf n° 2 / Poèmes d’espoir). L’auteur, de son vrai nom Saïd Boudaoud, est originaire de la région de Tizi-Ghennif. Tout en préparant un DEA en mathématiques, il a participé à la troupe de théâtre “Imesdurar”.

Par ailleurs, il a également écrit la préface du 1er 33 tours de Idir A baba-inu, ba sous un pseudonyme et préfacé également un disque de Ferhat en commençant ainsi sa préface : l’esclave va chanter...

Nous lui connaissons également un essai d’analyse linguistique et littéraire sur le syntagme Yenna-yas dans le théâtre kabyle (février 1989).

Mohya et Ramdane Achab ont animé une feuille entièrement rédigé en kabyle et intitulée Afud ixeddamen. Un numéro ‘grand format’ de cette feuille est publiée avec la participation de membres du GEB, d’O. Oulamara...

2. L’œuvre littéraire populaire recueillie et/ou complétée.

Il s’agit essentiellement d’éléments de la tradition orale recueillis et/ou complétés par Mohya.

2.1. Le recueil Akken qqaren medden.

En venant en France, Mohya n’a pas omis d’emporter dans ses bagages un petit opuscule de proverbes publié par le FDB en 1955 et intitulé Akken qqaren medden. L’auteur, J.-M. Dallet, présente tout ce qu’il a pu recueillir comme proverbes dans la région des At-Menguellat. Mohya qui s’est mis depuis longtemps à recueillir toutes sortes de proverbes, maximes, adages... de toutes les localités de la Kabylie a compulsé un matériau important tant du point de vue quantitatif que qualitatif. Il publie certains de ces proverbes dans BEB n°4, 1974, pp.30-37. Mais la totalité des données recueillies est publiée sous le titre Akken qqaren medden (Inhisen), Supplément à Tisuraf, novembre 1978, 217 p.

2. 2. Les contes et fables :

Il s’agit de contes et fables populaires recueillis par Mohya en Kabylie ou auprès de travailleurs émigrés. Certains sont publiés sous le titre Tiqdimin dans BEB n° 11, 1977, pp. 85-88 (10 contes) ; Tisuraf n° 1, 1978, pp. 93-98, (13 pièces) et Tisuraf n° 3, 1979, pp. 57-62, (13 pièces).

 

3. L’œuvre traduite/adaptée par Mohya.

L’œuvre traduite est constituée essentiellement de pièces de théâtre, de poésie et la nouvelle (ou conte). Si le premier genre constitue l’œuvre de prédilection de Mohya, les deux autres aussi méritent une attention particulière ne serait-ce que du point de vue de la diffusion qu’ils connaîtront.

3.1. Le théâtre :

Au milieu des années 60, des lycéens scolarisés au lycée Amirouche à Tizi Ouzou tentent de jouer des pièces de théâtre en kabyle au sein de la troupe qu’ils viennent de créer. L’administration de l’établissement, sous la pression du parti unique Fln, s’y oppose. Au même moment, des pièces de théâtre radiophoniques sont diffusées sur les ondes de la Chaîne II. Mais une troupe de théâtre donnant des représentations en kabyle était alors perçue comme groupuscule aux activités contre-révolutionnaire, réactionnaire, au service de l’impérialisme...’. D’autant plus que les seules pièces de théâtre disponibles [1] sont celles publiées par le Fichier de documentation berbère à savoir :

Bu-Saber (la patience), pièce en trois actes, pour enfants, publiée à Fort-National, 1965, 47p. Pièce élaborée par A. Aït Yehya, B. Aït Maâmmer et J.-M. Dallet.

Aâli d Remdan, ah’wanti n Beghdad (Ali et Ramdane ou le marchand de Baghdad), 1955, 56 p. Une adaptation d’un conte des milles et une nuit faite par A. Aït Yehya. Jeu scénique en cinq tableaux.

Trois compositions didactiques élaborées par Aït Yehya, J.-M. Dallet, Sœur Louise de Vincennes...

A l’université d’Alger, la plupart de ceux qui ont fréquenté le lycée Amirouche s’y retrouvent et créent ce qu’on peut appeler le Cercle des étudiants de Ben-Aknoun. Une troupe de théâtre voit le jour au sein de ce cercle et la pièce de théâtre Mohamed, prends ta valise est mise en scène. Les autorités de l’époque opposent une fin de non-recevoir aux demandes de participation aux différents festivals officiels. Pour déjouer ce refus, les membres de cette troupe élaborent une autre mise en scène mais en arabe dialectal. Ils ont eu alors l’autorisation de participer au Festival de Carthage en 1973. Une fois sur scène, ils donnent une représentation de Ddem abaliz-ik a Muh !, la version kabyle de Mohamed, prends ta valise ! C’était une réussite, la troupe décroche le premier prix de ce festival. Mais comme à l’époque, les autorités favorisaient tout ce qui est soutien à la cause palestinienne, elles ont donc convenu d’attribuer symboliquement le premier prix à la troupe palestinienne, et la troupe officielle représentant donc l’Algérie a eu droit au 2e prix ! A Alger, le ministre de la Culture félicite les membres de la troupe pour le prix acquis et leur signifie qu’il n’est plus possible pour eux de donner une quelconque représentation vu qu’ils ont trahi sa confiance. « Xdaâtu-ni !... » avait-il dit.

Le texte de la pièce Ddem abaliz-ik a Muh ! est publié dans le BEB, 1974.

Mohya, bien que ne faisant pas partie de la dite troupe de théâtre, suivait de près ces évènements. C’est à cette période qu’il commence à adapter le théâtre étranger en kabyle. Morts sans sépulture de J.P. Sartre est la première pièce qu’il traduit. Des extraits de cette adaptation seront publiés dans BEB II/2, 1973, pp. 17-27. Dans BEB II/3, 1974, un article traitant de cette pièce est publié sous le titre Une expérience à poursuivre. En collaboration avec Mumuh Loukad, il adapte une seconde pièce de J.P. Sartre, La pute respectueuse.

En 1974, il publie Llem-ik, ddu d ud’ar-ik, l’adaptation de L’exception et la règle de Bertolt Brecht. L’opuscule de 42 pages + VI porte la mention Tiz’rigin Tala (=éditions Tala). Dans la préface en kabyle (Tazwart p. IV), Mohya revient sur la nécessité de publier en tamazight. Dans la présentation en couverture 4, il insiste sur le fait qu’il est plus que jamais pressant de prendre part à la galaxie Gutenberg telle que définie par le philosophe Marshall Mac Luhan.

Ecriture d’expression kabyle

Regard sur l’œuvre de Mohya

 

Au milieu des années 60, des lycéens scolarisés au lycée Amirouche à Tizi-Ouzou tentent de jouer des pièces de théâtre en kabyle au sein de leur troupe qu’ils viennent de créer. L’administration de l’établissement, sous la pression du parti unique FLN, s’y oppose. Au même moment, des pièces de théâtre radiophoniques sont diffusées sur les ondes de la Chaîne II. Mais une troupe de théâtre donnant des représentations en kabyle était alors perçue comme ‘groupuscule aux activités contre-révolutionnaire, réactionnaire, au service de l’impérialisme...’.

 

D’autant plus que les seules pièces de théâtre disponibles [1] sont celles publiées par le Fichier de Documentation Berbère à savoir :

Bu-Saber (la patience), pièce en trois actes, pour enfants, publiée à Fort-National, 1965, 47p. Pièce élaborée par A. Aït Yehya, B. Aït Maâmmer et J.-M. Dallet.

Aâli d Remdan, ah’wanti n Beghdad (Ali et Ramdane ou le marchand de Baghdad), 1955, 56 p. Une adaptation d’un conte des milles et une nuit faite par A. Aït Yehya. Jeu scénique en cinq tableaux.

Trois compositions didactiques élaborées par Aït Yehya, J.-M. Dallet, Sœur Louis de Vincennes...

A l’Université d’Alger, la plupart de ceux qui ont fréquenté le lycée Amirouche s’y retrouvent et créent ce qu’on peut appeler le Cercle des étudiants de Ben-Aknoun. Une troupe de théâtre voit le jour au sein de ce cercle et la pièce de théâtre Mohamed, prends ta valise est mise en scène. Les autorités de l’époque opposent une fin de non-recevoir aux demandes de participation aux différents festivals officiels. Pour contourner ce refus, les membres de cette troupe élaborent une autre mise en scène mais en arabe dialectal. Ils ont alors l’autorisation de participer au Festival de Carthage en 1973. Une fois sur scène, ils donnent une représentation de Ddem abaliz-ik a Muh !, la version kabyle de Mohamed, prends ta valise ! C’était une réussite, la troupe décroche le premier prix de ce festival. Mais comme à l’époque, les autorités favorisaient tout ce qui est soutien à la cause palestinienne, elles ont donc convenu d’attribuer ‘symboliquement’ le premier prix à la troupe palestinienne, et la troupe officielle représentant donc l’Algérie a eu droit au 2e prix ! A Alger, le ministre de la Culture félicite les membres de la troupe pour le prix acquis et leur signifie qu’il n’est plus possible pour eux de donner une quelconque représentation vu qu’ils ont trahi sa confiance. «Xdaâtu-ni !...» avait-il dit.

Le texte de la pièce Ddem abaliz-ik a Muh ! est publié dans le BEB, 1974.

Mohya, bien que ne faisant pas partie de la dite troupe de théâtre, suivait de près ces évènements. C’est à cette période qu’il commence à adapter le théâtre étranger en kabyle. Morts sans sépulture de J.P. Sartre est la première pièce qu’il traduit. Des extraits de cette adaptation seront publiés dans BEB II/2, 1973, pp. 17-27. Dans BEB II/3, 1974, un article traitant de cette pièce est publié sous le titre ‘une expérience à poursuivre’. En collaboration avec Mumuh Loukad, il adapte une seconde pièce de J.P. Sartre, La pute respectueuse.

En 1974, il publie Llem-ik, ddu d ud’ar-ik, l’adaptation de L’exception et la règle de Bertolt Brecht. L’opuscule de 42 pages + VI porte la mention Tiz’rigin Tala (=éditions Tala). Dans la préface en kabyle (Tazwart p. IV), Mohya revient sur la nécessité de publier en tamazight. Dans la présentation en couverture 4, il insiste sur le fait qu’il est plus que jamais pressant de prendre part à la galaxie Gutenberg telle que définie par le philosophe Marshall Mac Luhan.

A la même période, Mohia monte une troupe de théâtre, autour du GEB. Troupe de théâtre appelée “Imesdurar”, qui a participé au 1er Festival du théâtre de l’immigration, en jouant la pièce llem-ik, ddu d ud’ar-ik. Les membres de la troupe sont : Mohia, Mustapha Bounab, Mustapha Aouchiche, R. Achab, Boussad Benbelkacem, Saïd Boudaoud... Des représentations de la dite pièce sont données particulièrement à Suresnes, au Théâtre des Bouffes du Nord (Paris) mais également à la Salle Saint-Bruno du 18ème arrondissement. La représentation donnée à Suresnes a fait l’objet d’un article de Amezyan B. [Il s’agit de S. Boudaoud] intitulé ‘Une expérience de théâtre populaire’ publié dans le B.E.B n°8, (1976), pp. 31-34.

La même année, Mohya termine Aneggaru a d-yerr tawwurt (la décision) de Bertolt Brecht. Le texte sera publié en deux parties dans BEB n° 11, (1977), pp. 63-83.

Mais lors du grand gala organisé par la coopérative Imedyazen avec tous les grands noms de la chanson kabyle (S. Azem, Idir, Ferhat, Hanifa...) gala animé par Ben-Mohamed, la pièce de théâtre llem-ik ddu d ud’ar-ik était prévue au programme, en première. Les comédiens ont commencé à jouer, mais le public était impatient de voir et d’écouter les chanteurs, les vedettes ! Il s’est mis à siffler et à montrer son hostilité. On a dû arrêter de jouer. Cet échec a beaucoup affecté Mohia, au moins sur le coup...)

A la fin des années 70, l’idée de faire du théâtre en berbère prenait forme à l’Université de Tizi-Ouzou nouvellement créée par Boumediène juste après le 19 juin 1977 pour dékabyliser Alger. Des étudiants créent une troupe de théâtre et mettent en scène Tighri n tlawin (la voix des femmes) et la Guerre de 2000 ans de Kateb Yacine. Mais les représentations que cette troupe veut faire sont interdites par les autorités en juin 1979 puis en janvier 1980.

A partir du printemps berbère, Mohya travaille d’arrache-pied pour adapter le maximum de pièces en kabyle. Le public n’en finit pas de demander. Ainsi, pour illustrer la problématique berbère (confrontation du berbère avec le régime en place), Mohya adapte en kabyle une nouvelle, Le ressuscité du célèbre écrivain chinois Lu Xun (ou Lu Sin) en pièce de théâtre Muhend u Caâban. Cette dernière a connu un grand succès, depuis 1980, au point où les Editions berbères, alors dirigées par Mustapha Aouchiche, financent son tournage comme film et l’éditent en 1992. Des extraits sont par ailleurs publiés dans la revue ‘Tiddukla n°6/7 et 8.

En 1982, Mohya s’intéresse à Pirandello. La pièce intitulée la Giara qui a donné la Jarre en français est devenue Tacbaylit sous sa plume.

En 1984, ce sont deux pièces, Tartuffe de Molière et Ubu Roi d’Alfred Jarry, qui sont adaptées en kabyle respectivement sous les titres de Si Partuf et CŠaâbibi.

Puis ce sont deux autres pièces : Médecin malgré lui de Molière et En attendant Godot de Samuel Beckett qui sont adaptées respectivement sous les titres de Si Leh’lu et de Am win yettrajun R’ebbi. L’adaptation Si Lehlu est publiée en deux parties dans Awal, la revue que vient de fonder l’écrivain Mouloud Mammeri. La première partie est parue dans le n°2, 1986, pp. 145-156 ; tandis que la seconde est parue dans le n° 3, 1987, pp.147-190.

A partir de 1986, tout en s’intéressant à d’autres auteurs étrangers tels que Pirandello ou Lu Xun, Mohya s’investit à fond dans l’adaptation du théâtre français.

Ainsi, quatre autres adaptations voient le jour :

Sinistri (la farce de Maître Pathelin). Cette pièce de théâtre est composée par un auteur inconnu en 1464. Elle est très connue car elle est l’un des rares témoignages du théâtre français du Moyen Age. Cette pièce est diffusée sous forme de deux cassettes audio.

Les fourberies de Scapin et Le malade imaginaire de Molière. Ces deux dernières sont restées à l’état de manuscrit.

Knock de Jules Romain (manuscrit).

Toutefois, Mohya n’est pas resté prisonnier du théâtre français. Bien au contraire, il s’intéresse à d’autres auteurs ayant contribué au théâtre universel. Il adapte alors : Les émigrés de Mrozeck en Sin nni, Le suicidé de Nikola Erdmann en Axir akka, wala deg uz’ekka et la nouvelle de Lu Xun La véritable histoire de Ah Qu en Muh Terri.

Sin nni est réalisée par une troupe professionnelle au Théâtre régional de Béjaïa avec Fellag en 1991. Muh Terri est diffusée en cassette audio.

A la fin des années 90, Mohya est attiré par les auteurs de la Grèce antique. Il s’est intéressé tout particulièrement aux dialogues philosophiques de Platon. Ainsi, il commence l’adaptation de Gorgias (inachevée) de Platon, Mémorables de Xénophon ainsi qu’une œuvre de Sophocle : Œdipe roi. Ces œuvres, Mohya les a adaptées en pièces de théâtre.

Poésie :

C’est dans les années 70 que Mohya s’est investi dans la traduction de la poésie vers le kabyle. Un recueil de la plupart des ces traductions est publié sous le titre Mazal lxir ar zdat, comme supplément à Tisuraf, décembre 1978, 66 p. Dans la liste des auteurs traduits, il y est fait mention de J. Prevert, G. Brassens, B. Brecht, G. Servat, J. Ferrat, W. Blake, B. Vian, J. Brel, E. Pottier, J.-B. Clément, F. Leclerc, P. J. Béranger, J. Beaucarne ; mais aussi des extraits de Phèdre ou des pièces d’auteurs anonymes.

Certaines pièces traduites ont connu une grande diffusion à l’instar de Amezzart’i (le déserteur) de Boris Vian chantée par Ferhat.

Mohya a traduit quelques fables de La Fontaine dont Werjeji (la Cigale et la fourmi), chantée par la troupe Debza et Tagerfa d ubaragh (le Corbeau et le renard) insérée dans la pièce’ Sinistri.

Il a, par ailleurs, adapté la chanson Pauvre Martin de Georges Brassens en Muh’ n Muh’, chantée par Djurdjura.

Au milieu des années 80, Mohya compose Ah ya ddin Qessam en référence à Berwageyya, la tristement célèbre prison où croupissent les militants berbéristes et des droits de l’Homme en 1980 et en 1985. Le poème, diffusé à l’Université de Tizi-Ouzou, se répand partout en Kabylie après sa reprise sous forme de chanson par Ali Ideflawen.

Ah ya ddin qessam ! est en fait l’adaptation d’un poème de Seghers chanté par Léo Ferré : "Merde à Vauban".

Autres œuvres traduites/adaptées :

Mohya a adapté des nouvelles de Singer et de Maupassant. L’inventaire de ces adaptations est inachevé. Il a aussi adapté un texte de Voltaire, Gménon ou la sagesse humaine en Muh’end u Caeban mi yecŠcŠa taxsayt... Cette dernière est enregistrée en cassette.

Il s’est aussi inspiré de : Les jeux de mots de Raymond Queneau pour écrire le texte 1er Novembre ieeddan, (Cassette 4).

De même, nous n’arrivons pas à situer les versions originales des adaptations suivantes : Tamacahut n Ganuc asmi yeznuz isgaren (probablement inspirée des Guignols), Tamacahut n warraw n weh’mam aerab et du monologue Targit (le rêve).

Il a, entre autres, adapté en kabyle le scénario du film “The night of the hunter” (La Nuit du chasseur) de Charles Laugton dont l’acteur principal est Robert Mitchum et un volume d’une bande dessinée de la série Astérix “le Cadeau de César”.

En dernier lieu, on peut citer l’adaptation d’une série de quatre livrets de contes pour enfants sous le titre de “Deh’muc ameemuc” à partir de la version de L. Hodgson. Ces livrets sont publiés par l’AJBF en 1994 sous le pseudonyme Muhend U Rumineg !

L’œuvre de Mohya est presque entièrement connue : quand une pièce de théâtre n’est pas publiée par écrit, elle l’est sous forme de cassettes audio (en circulation chez ses amis).

Avec sa contribution au renouvellement des genres et des thèmes en littérature berbère, Mohya occupe une place prépondérante dans l’espace littéraire kabyle en particulier et berbère en général. Salem Chaker signale ce fait dans son étude sur la néo-littérature berbère et dit en substance “Dans cette dynamique de traduction littéraire, Muhend-u-Yehya occupe une place à part : par son ampleur, sa diversité et sa qualité, sa durée aussi, son œuvre peut être considérée comme une des grandes références fondatrices de la nouvelle littérature kabyle.”

La notoriété atteinte par Mohya ne se fait pas démentir : ses pièces sont représentées sur scène tant en France depuis 1975, qu’en Kabylie et à Alger depuis 1986.

La critique universitaire et journalistique en est très positive.

Mieux encore, Mohya a servi d’exemple à toute une génération. Le théâtre comme le roman ou d’autres genres inexistants dans le patrimoine littéraire traditionnel berbère peuvent se décliner en berbère, bien qu’ils aient pour source de diffusion l’Occident. Il suffisait juste de vouloir en doter la littérature berbère. En recourant au kabyle tel qu’il est usité dans les communications réelles, Mohya démontre que la vivacité de la langue ne réside pas dans l’emprunt par snobisme ou dans un recours systématique à une néologie à tout-va.

Dans son entretien accordé à la revue Tafsut, série normale n°10, avril 1985, pp. 43-64 affirme : “ ...Toujours est-il que je publierais volontiers par écrit si le manque de temps ne m’en empêchait “, (p.57).

Quel serait le plaisir de Mohya de voir l’ensemble de son œuvre (éditée ou en manuscrit) publiée et diffusée auprès de ceux pour qui il a consacré toute une vie. Il est sûr que ce jour-là, Mohya criera de sous les pierres tombales (il l’a promis !) et dirait sûrement : “Ah ya ddin qessam” ! ...

 

Par Saïd Chemakh, Docteur en linguistique berbère

 

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