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18 février 2008 1 18 /02 /février /2008 06:34

Répondant à son ami Mohamed-Chafik Mesbah qui s’étonnait de sa nomination au poste de directeur du Centre culturel algérien de Paris, l’écrivain Yasmina Khadra s’explique sur les raisons qui l’ont conduit à accepter de diriger l’institution culturelle parisienne tant convoitée.

 

Chafik Mesbah : «Je suis étonné par ta disponibilité empressée»

 

(…) Nous sommes tous deux militaires, du moins le suis-je resté personnellement, dans mon habitus social et culturel. Pas question de nous raconter, mutuellement, «des histoires». Autant que de nombreux intellectuels algériens, je suis pour le moins étonné par cette tournure des événements, non pas tant, d’ailleurs, de l’offre qui t’a été faite que de ta disponibilité empressée à assumer la tâche.

 

Je me refuse par rigueur morale de juger des décisions des uns et des autres, même s’il s’agit d’amis chers. (…) C’est dire que ton cas, aussi bien, je ne me considère pas habilité à juger de tes décisions même si, effectivement, je suis un peu blessé, au fond de moi-même, que tu aies accepté cette offre. Tu es, après tout, seul responsable devant ta conscience.

 

C’est à ton bilan, au demeurant, que le peuple algérien, et plus sûrement, l’histoire auront à te juger. J’ai appris par la bande que cette désignation avait été initiée par des contacts préalables entre le président de la République et toi-même. J’ignore de quoi vous avez discuté, mais je suppose qu’il y a eu un plan de charges adopté qui agrée les deux parties. C’est ce plan de charges, implicite ou explicite, qui me préoccupe.

 

J’évoque, sans transition, le plan de charges pour exclure l’hypothèse triviale que certains milieux avancent pour expliquer ta nomination. Ceux-là supposent, en effet, que ta nomination répondrait à une pure logique de clan que conforterait un soubassement régionaliste. Le cercle présidentiel veut quelqu’un à lui à un poste jugé important pour l’image du régime, voilà tout. Te connaissant suffisamment, grâce à nos échanges intellectuels, grâce à nos rencontres et surtout, grâce à l’avis autorisé de ceux qui t’ont fréquenté sur les bancs de l’école des cadets de la Révolution ou au sein des unités de combat de l’ANP, je suis enclin à penser que tu es inaccessible à cette logique d’incultes ou, pour le mieux, de «ripailleurs». On ne transite pas impunément par les écoles des cadets de la Révolution si chères aux yeux du défunt président Boumediene. Devisant, tantôt, avec un ancien de tes condisciples, je lui ai, à cet égard, posé, brutalement, cette question : «Actuellement, la chaîne de commandement militaire est composée, essentiellement, d’officiers issus des écoles des cadets de la Révolution. Penses-tu que l’origine géographique des uns et des autres puisse affecter la cohésion de leur groupe ?» La réponse a fusé d’un jet : «Non, certainement pas !»

 

6. Il reste, alors, le plan de charges en lui-même. La «carte blanche» du président de la République évoquée par la presse nationale, ce serait, en somme, la garantie d’un projet de portée stratégique pour le renouveau de la culture algérienne ? Quitte à faire transiter un tel projet par Paris ? J’aurais tant voulu que cela soit vrai, après tout l’Etoile nord africaine, précurseur du mouvement nationaliste en Algérie, a bien pris naissance dans les milieux ouvriers de l’émigration algérienne en France. C’est là, hélas, un simple raccourci. Ma religion est faite en ce qui concerne la possibilité pour le système de se réformer de l’intérieur. L’hypothèse la plus vraisemblable, c’est une collision frontale entre la société virtuelle (le système, ses appareils et ses instruments) et la société réelle (la majorité de la population délaissée à son sort et subissant des conditions d’existence de plus en plus pénibles). Dans le processus qui mène à cette issue fatale, c’est l’étranger, bien plus que les élites nationales, qui disposera d’une influence significative. Comment un système tombé en obsolescence clinique — quoique encore résistant aux assauts qui lui sont donnés de l’intérieur — pourra ménager cette fenêtre dont tu peux, de bonne foi, rêver ? La liberté est indissociable, il est impossible de verrouiller l’espace politique, de fermer le paysage médiatique puis de laisser croire que la culture va connaître sa révolution !

 

7. De manière plus pesante, je suis saisi par la crainte, à propos de ce plan de charges, que ta notoriété ne soit détournée à des fins politiciennes. Nous avons eu, tous deux, l’occasion de discuter de nos fortes préventions contre la hiérarchie militaire. Autant que toi, je suis consterné par le niveau d’inaptitude intellectuelle et, parfois même, l’incurie morale de certains de nos si vaillants chefs. Cela dit, je refuse d’être la main par laquelle on brandira le couteau destiné à poignarder la famille. Accepteras-tu de l’être ? Je ne nourris pas d’a priori idéologique, ni d’animosité personnelle, je sais bien que la politique c’est l’art du possible. L’un des seuls domaines, d’ailleurs, où le bilan du président de la République trouve grâce à mes yeux, c’est bien l’image de cette bouffée d’oxygène introduite dans la hiérarchie militaire où, désormais, tes compagnons cadets peuvent aspirer à accéder aux véritables commandes, je dis bien aux véritables commandes. En attendant, cependant, le tour de mes propres anciens compagnons, lorsque le souffle de rajeunissement et de professionnalisation frappera fort aux portes de leur corporation.

 

8. Ce n’est pas une démarche idéologique qui me conduit à t’interpeller. C’est une pure déduction empirique. J’ai toujours affirmé que la démarche du président de la République se distinguait par l’absence d’un projet national de portée stratégique. Sans jamais nier, pour autant, l’habilité tactique de l’homme ni sa capacité manœuvrière. Je suppose qu’il n’ignore rien de ton véritable état d’esprit concernant les usages passés au sein de nos forces armées. Il suffit de bien lire tes romans pour s’en imprégner car, nous en avons déjà parlé, chaque œuvre que tu as produite est un fragment de ta vie. Il existe, par conséquent, le risque que ta fougue de romancier, ta verve d’écrivain et ta candeur de militaire – oui je dis bien ta candeur de militaire – ne soient mobilisées pour discréditer l’ancienne hiérarchie militaire. A travers la contre-image que tu produirais toi-même et l’écho qui résonnerait des plumes et voix incontestables que tu pourras rassembler.

 

9. J’ai tenu à m’exprimer avec toi de la manière la plus franche, en espérant ne pas t’avoir blessé et, en te recommandant, excuse-moi l’expression, «de ne pas vendre ton âme au diable», si tant est que cela soit à l’ordre du jour. Je crains que tu ne sois, à ton corps défendant, entraîné à faire «la sale besogne», exactement comme tel personnage se targue du bonheur de l’effectuer, dans l’autre sens. Pour le reste, je veux te rassurer. Mon amitié t’est acquise ainsi que ma sympathie, en toutes circonstances.

 

Cordialement, Mohamed-Chafik Mesbah

 

Yasmina Khadra : «C’est un sacrifice pour moi d’accepter ce poste»

 

 

Ta franchise me rassure, cher frère. Et me touche. Ainsi s'inquiètent les amis pour leurs amis. Mais, crois-moi, il n'y a pas le feu. Cette nomination m'a surpris, moi le premier. Je l'ai acceptée par humilité. Elle ne m'apporte rien de bon, à tous les niveaux. Mais elle est une tâche comme tant d'autres, et j'ai accepté de l'assumer POUR TOUS LES ARTISTES ET LES INTELLECTUELS qui ont besoin de mes services. TOUS LES ARTISTES ET INTELLECTUELS indésirables, persona non grata comme je l'ai été, moi-même, dans ce centre. Tu ne peux pas imaginer ni mesurer le soulagement de cette élite tant marginalisée depuis qu'elle a appris que j'étais à la direction du CCA. Je reçois tous les jours des appels enthousiastes, des projets ressuscités, des espoirs fous. Comment peut-on être si bas et si stupide pour croire ou faire croire que cette nomination me profiterait personnellement lorsque mon lectorat et mon éditeur craignent de voir leur auteur détourné ? Comment peut-on être si expéditif en parlant de course au "koursi", moi qui dispose d'un trône plus beau que celui des rois : Ma Liberté! ? Comment peut-on soupçonner une quelconque tentation pécuniaire, à ce poste, quand, en restant au chaud chez moi, confortablement installé dans ma paresse, dormant quand je veux et me levant comme bon me semble, je gagne largement ma vie. Mon problème est que j'aime mon pays. Je n'en ai pas d'autre et je l'ai toujours servi avec mes tripes et mes rêves les plus ridicules. C'est un sacré sacrifice pour moi que d'accepter ce poste, sauf qu'il se trouve que d'autres ont donné plus que leur liberté pour nous tous, qu'ils ont donné leur VIE, en nous léguant leurs veuves et leurs orphelins. J'ignore comment fonctionne l'esprit des nôtres, de certains des nôtres car ils sont nombreux ceux qui ont compris mon geste et s'en réjouissent. Mais ne l'ai-je pas dit mille fois, écrit noir sur blanc ? On ne peut redresser les esprits retors sans les casser. Les gens nobles reconnaissent tout de suite la beauté des engagements sains. Quant aux minables, ils ne sauront déceler la grandeur chez les autres. Ils ignorent ce que c'est. Ils ne peuvent même pas accéder à l'estime qu'ils devraient avoir pour leurs propres personnes. Je suis ce que j'ai toujours été : un brave fils de l'Algérie. Je n'ai jamais trahi, jamais triché, jamais renié les miens, et j'ai toujours eu le courage de mes convictions. Ce n'est pas le Centre culturel algérien qui rehausse le prestige d'un écrivain comme moi, c'est moi qui lui donne une allure, une vocation, une crédibilité en le ravissant aux prédateurs de tout poil et aux fonctionnaires encroûtés, aussi enclavés culturellement que les enclos à bestiaux. Par ailleurs, la confiance que m'accorde le président de la République est, à elle seule, une révolution. C'est historique. C'est la première fois qu'un chef d'Etat algérien confie une tâche importante à un écrivain qui n'est pas du sérail et qui a toujours été virulent à l'encontre du régime. Je n'ai pas le droit de condamner cette ouverture. Peut-être sommes-nous enfin en train d'accéder à la maturité ? Peut-être le pouvoir se rend-il enfin compte que l'élite est là pour l'éclairer et non pour le vilipender, qu'il est temps de la mobiliser autour d'un idéal commun au lieu de la marginaliser avant de la livrer poings et pieds liés à la manipulation étrangère comme c'est le cas d'un important contingent de nos intellectuels en France, dépités d'être ignorés et traités en parias par ceux-là mêmes qui devraient les porter aux nues ? Etonnant que l'on change d'avis du côté du pouvoir, et pas du côté de ceux qui sont censés incarner l'intelligence et la générosité ? Je ne suis l'ennemi de personne. Ma colère est saine, sans haine ni frustrations. Je suis aussi libre que le vent, aussi intègre que mes serments. Je ne suis ni à vendre ni à louer. Je suis tellement sûr de mon honnêteté que je ne crains ni les pièges ni les récupérations. Je vais là où mon cœur me dit d'aller, désintéressé parce aucunement dans le besoin, entier parce que j'aime mon pays. Je sais, c'est une rengaine vieille comme le plus vieux métier du monde, mais il se trouve que je suis aussi vieux que la naïveté, aussi vieux que la pureté aussi. Tu me ferais un grand plaisir si tu publiais cette lettre dans le Soir d’Algérie. Il faut que les choses soient claires même si, forcément, les nuisances et les infamies relèvent de la noirceur et des opacités.

 

Ton ami, Mohammed Moulessehoul,

 

alias Yasmina Khadra,

 

bédouin parce qu'authentique,

 

Algérien parce qu'il sait ce que ça signifie

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13 février 2008 3 13 /02 /février /2008 09:08

12 ans après son introduction à l’école et 7 ans après son institutionnalisation comme langue nationale

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L’histoire récente de la question amazighe reste liée au boycott scolaire et universitaire enclenché dans les wilayas de Béjaïa, de Tizi Ouzou, et en partie de Boumerdès et de Bouira durant l’année scolaire 1994/95.

La revendication principale portait sur l’introduction de tamazight dans le système éducatif national. Le résultat arraché a été la création, en avril 1995, du Haut commissariat à l’amazighité (HCA), placé sous la tutelle de la présidence de la République, chargé de la réhabilitation de l’amazighité et de la promotion de tamazight par son introduction dans le système de l’enseignement et de la communication. Ainsi, l’année 1995 marque l’introduction de tamazight dans le système éducatif. Quelques années plus tard, en avril 2002, tamazight marque une grande avancée par son institutionnalisation comme langue nationale sous la pression des événements douloureux du printemps noir de 2001. Aujourd’hui, ne faut-il pas marquer une halte sur le travail accompli par le HCA ? Quel bilan faut-il tirer de l’introduction de tamazight à l’école depuis maintenant plus d’une décennie ? Quelle est la situation de la production éditoriale et de la recherche dans le domaine amazigh ? Le HCA, explique son secrétaire général, Youcef Merahi, rencontré au siège de l’institution à Alger, intervient avec différents ministères à l’instar de celui de l’Education nationale, de la Culture, de la Communication et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Annuellement, le HCA, ajoute M. Merahi, organise des colloques, des journées d’étude et des regroupements en faveur des enseignants en tamazight et des associations. Pour l’année 2007, à titre d’exemple, un colloque international portant sur « Le libyco-berbère ou le tifinagh : de l’authenticité à l’usage pratique » a eu lieu les 21 et 22 mars avec la participation de la préhistorienne Malika Hachid, du chercheur français Jean Pierre Laporte, du sociolinguiste Mouloud Lounaouci et du docteur en linguistique amazighe Salem Chaker. Un autre colloque, tenu à la Bibliothèque nationale du Hamma, a eu pour thématique « Les Amazighes et l’Islam : 14 siècles d’histoire ». « A l’issue de chaque colloque, nous sortons avec des recommandations et nous les transmettons à qui de droit », souligne le SG du HCA.

Le champ de la recherche reste presque vierge

La production éditoriale dans le domaine amazigh connaît un rythme encourageant mais insuffisant avec une centaine d’ouvrages et une quarantaine de manuscrits édités. Elle porte sur la création comme la poésie, le roman, le conte, le théâtre en plus de la traduction. La production se décline, aussi, sous la forme de consultings faits par des chercheurs de renommée, à l’instar de la recherche effectuée par Mouloud Lounaouci sur la manière avec laquelle doit être conçu un centre de terminologie pour tamazight. Dans ce volet, il a été édité un « Manuel de syntaxe berbère » et un autre sur « Les genres traditionnels de la prose kabyle » mais aussi une traduction des chants d’Aït Menguellet en arabe. Le champ éditorial est, également, enrichi par des recueils des actes de tous les colloques avec recommandations mais aussi par l’édition par le HCA d’une revue trimestrielle Timmuzgha qui traite des sujets ayant trait à la problématique liée à l’amazighité, langue, culture et patrimoine. Dans ce sens, M. Merahi sollicite les autorités pour la création d’un journal en tamazight sur fonds public, à l’instar des quotidiens El Moudjahid, Horizons, El Chaâb ou El Massa. Parmi les ouvrages édités en 2007 pour le compte du HCA, on peut citer Lexique de la rhétorique par Kamel Bouamara, La phonologie générative du kabyle en 2 tomes, par Mohand Oulhadj Laceb, Combat de ma vie : recueil de poésies par Naïma Hadjou, L’expression écrite en tamazight, par Nora Belgasmia, Au pays de la moquerie (théâtre) par Djamel Benaouf, La vache des orphelins (conte : tafounast igujilen), ou encore Le nouveau manuel de langue amazighe, par Sadek Bendali, Les genres traditionnels de la poésie kabyle, par M’hamed Djellaoui, La traduction des quatrains, de Omar Khiam par Abdellah Ahemane, La traduction des fables de La Fontaine, éditée par les éditions Casbah, Dictionnaire du vocabulaire de la langue berbère, par Abdenour Abdeslam, Proverbes et devinettes chaouis, contes de Berbérie du monde, de Mohamed Salah Ounissi, Vava Inouva, de Bouskine Boussad édité par l’Entreprise nationale des arts graphiques (ENAG). Pour l’année 2008, quelque 40 manuscrits et une demi-douzaine de consultings et des actes de colloques sont en projet. L’enseignement de tamazight a été lancé en 1995 dans 15 wilayas. Aujourd’hui, il n’est dispensé que dans 10 wilayas. L’enseignement se fait principalement en caractères latins. Le SG du HCA explique qu’en vertu du colloque « Tamazight face aux défis de la modernité » tenu en 2000, les chercheurs ont recommandé de privilégier l’utilisation des caractères latins. Pour eux, cette option se réfère à l’expérience accumulée de par ce caractère au niveau de la recherche en tamazight depuis Boulifa jusqu’à nos jours, en passant par les grands travaux effectués par Mouloud Mammeri. Le latin est choisi pour sa commodité structurelle et son ouverture scientifique. Dans ce sens, il faut souligner l’organisation, les 28 et 29 mars 2008, d’un colloque international au Maroc sur l’enseignement en tamazight, et auquel le HCA a été invité. Cependant, les responsables politiques en Algérie n’ont pas encore tranché, en atteste l’édition du manuel scolaire en trois graphies (latin, arabe, tifinagh). « Ce qui est antipédagogique », commente M. Merahi. Les enseignants en tamazight ont bénéficié de quatre regroupements (Batna, Bouira, Béjaïa et Tipaza) pour se pencher essentiellement sur la pédagogie du projet. Pour l’année scolaire 2006/2007, les élèves inscrits en tamazight sont au nombre de 130 510 dont 94% se concentrent dans les trois wilayas berbérophones (Tizi Ouzou, Béjaïa et Bouira) pour un effectif global enseignant de 687. La capitale du pays, qui devrait regrouper le plus grand nombre d’élèves, ne compte que 1643 écoliers encadrés par 4 enseignants. Tizi Ouzou, par contre, concentre plus de 60 000 élèves encadrés par 297 enseignants, suivie de Béjaïa avec près de 30 000 écoliers pour 222 instituteurs. Bouira, elle aussi, compte près de 30 000 élèves pour 112 enseignants. Boumerdès vient de loin avec plus de 2500 élèves pour 11 encadreurs. Pour les autres régions, les chiffres sont presque insignifiants, comme Khenchela qui ne compte pas plus de 323 écoliers pour 5 enseignants et Tamanrasset avec 894 élèves pour 4 instituteurs. De 1995 à 2007, l’évolution globale de l’effectif des élèves est passée de 37 690 à 130 510 alors que le nombre des enseignants est passé de 233 à 687. S’agissant des variantes utilisées, l’évolution constatée depuis 1995 à 2007 indique que 862 730 élèves ont opté pour le kabyle (94,85%), suivi de loin par le chaoui avec 42 219 écoliers (4,73%) et le touareg avec 5730 écoliers (0,68%). Il faut souligner, aussi, l’introduction d’un module de langue amazighe dans les centres de formation professionnelle. Un autre acquis à relever, également, c’est la promotion en 1997 des deux départements de langue et culture amazighes des universités de Tizi Ouzou et de Béjaïa en instituts qui ont ouvert des licences en langue amazighe. Cependant, la lecture de ces chiffres dévoile un déséquilibre flagrant dans l’enseignement de tamazight entre une région et une autre. Le SG du HCA souligne que « l’enseignement de tamazight vit deux drames : d’abord il est resté optionnel (selon la demande) et ensuite souffre de l’absence d’une formation des formateurs ». Selon notre interlocuteur, le ministère de l’Education nationale n’a pas formé un seul enseignant jusqu’à 2006. En guise de solution, M. Merahi plaide pour l’obligation de l’enseignement de tamazight et la formation des formateurs. « A situation exceptionnelle, des moyens exceptionnels », souligne-t-il. Le SG du HCA ne mâche pas ses mots en avouant l’échec de la stratégie du ministère de l’Education nationale et en regrettant un enseignement décousu où l’élève est soumis aux aléas de l’offre des enseignants. M. Merahi conclut que « sans des moyens conséquents, l’enseignement de tamazight reste dans le bricolage ». En dépit de ces insuffisances, les militants de la cause amazighe se montrent réjouis de l’enseignement de tamazight mais aussi et surtout de son institutionnalisation comme langue nationale dans la Constitution. Il faut relever, en outre, que tamazight dispose d’une institution officielle qui est le HCA, et qui sera remplacé par le Conseil supérieur de la langue amazighe en plus d’une académie, comme le prévoit le conseil de gouvernement de juin 2007. A ce sujet, M. Merahi révèle que le HCA va disparaître en tant que structure. Selon lui, le Conseil supérieur qui est projeté va garder les mêmes missions du HCA avec une nouveauté consistant à la création de commissions permanentes entre la présidence et les services technico-administratifs. L’académie, elle, est une instance scientifique suprême. Pour le SG du HCA, « tout dépend de la composante humaine qui va y siéger. Il ne faut pas se contenter d’être un fonctionnaire mais être un militant et avoir la volonté de faire avancer le dossier de tamazight ». L’une des missions délicates de l’académie consiste à unifier l’ensemble des versions et variantes de la terminologie berbère.

Mustapha Rachidiou

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13 février 2008 3 13 /02 /février /2008 09:05

Arav Benyounès

La langue tamazight, comme toutes les autres langues : elle a un destin passé et à venir. Mais celui d’aujourd’hui sera sa capacité de demeurer une vraie langue dans la diversité. Pour cela, il faut réussir sa standardisation au niveau graphique. Il est inutile de jouer à l’autruche. En ce moment il existe chez les amazighophones trois tenants, pour ne pas dire revendicateurs de base pour la transcription de tamazight : caractères latins, caractères tifin’negh et caractères arabes. Une chose demeure cependant sûre, ils ne se résoudront pas à des compromis, car différents les uns des autres. De nos jours, nous faisons fausse route en pensant simplement que seule la linguistique (science qui a pour objet l’étude du langage et la langue : il y a plusieurs écoles de pensées linguistiques ) et le militantisme culturel (souvent cul-culturel) résoudront le problème de la langue amazighe. Mon avis ici en tant qu’Amazigh n’est qu’une réflexion sans doute délicate, mais importante pour soulever et susciter un certain débat. Les amazighophones qui œuvrent pour la reviviscence et l’avancement de la langue tamazight, ne doivent en aucun cas s’improviser juge, conseiller et faire des recommandations quelques soient leurs statuts ou leurs degrés d’instruction (professionnel ou pas…) sans se référer aux locuteurs. Ne l’oublions jamais, la notation usuelle n’est nullement la "chasse gardée" des spécialistes, encore moins des linguistes, mais plutôt de locuteurs. Un linguiste par exemple, pour transcrire Tamazight propose des techniques, des règles et même un orthographe, mais le dernier mot revient toujours aux locuteurs. Un linguiste propose des signes, un autre linguiste propose d’autres signes, c’est leur métier "professionnel", mais seuls les usagers, c’est-à-dire les locuteurs, les non-linguistes décideront de l’adaptation ou non de ces signes. Les imposer comme ont tendances à le faire certains linguistes amazighophones qui s’arrogent tous les droits sur la transcription de tamazight, en estimant que cela leur revient de droit, car ils sont professionnels, ne peut que susciter une réaction négative de la part des gens de la rue : les locuteurs.

Langue Tamazight : la solution et les parlers régionaux

Comment développer la langue Tamazight avec une transcription sans "trahir" la symbolique ancienne, tout en ralliant la jeunesse. Ayant appris dès le jeune âge le "gh", le "th", il faut maintenant les distinguer du Γ et du “t”, etc. : lequel des deux est plus logique? Les exemples ne manquent pas. Comment s’y prendre pour expliquer aux non-linguistes et aux non intellectuels tout ce cafouillage et ces gymnastiques cιrébrales?

Je ne suis pas un spécialiste, mais je ne peux m’empêcher de constater le retard que prend Tamazight en la limitant aux débats "des professionnels de la langue". Étant à la fois un petit connaisseur de la linguistique, mais surtout un locuteur de la langue Tamazight, je ne peux me résoudre à accepter aveuglement tout ce qui provient de spécialistes. Ces derniers mois des associations amazighes pour accepter de distribuer mon futur dictionnaire trilingue : français, tamazight, anglais + tifin’negh , veulent m’imposer comme condition d’utiliser la transcription latine distribuée par l’Inalco. Je tiens d’abord à affirmer que je suis pour la transcription de tamazight en caractères latins, qui représente pour moi le modernisme et la rigueur, malgré quelques insuffisances et tares, surtout pour unifier des différences phonétiques entre parlers de la langue tamazight (les spirantes, les affriquées, les occlusives…). Mais jusqu’à aujourd’hui parmi les multiples polices de caractères latines qui circulent, aucune n’a été validée par les locuteurs, encore moins officialisée par une quelconque institution officielle. Donc malheureusement, le chemin de la standardisation est encore loin et semé "d’embûches". Cependant mon choix des caractères latins, ne me fait pas oublier le tifin’negh, qui sont des caractères de l’identité, de l’historicité et surtout de l’émotivité sentimentale qui me séduisent. Les caractères tifin’negh sont peu "maniables" et présentent beaucoup de difficultés, mais cela n’affecte en rien leur grande valeur affective et sentimentale. Je sais aussi que les partisans du tifin’negh peuvent donner en exemple la survie de l’hébreu. Quant aux caractères arabes qui ornent bien les monuments, je n’y pense même pas, car ils représentent le contraire des caractères latins, donc affiliés à une certaine tradition qui représente l’immobilisme et le repli sur soi, dans un monde en perpétuel évolution. Si j’ai une préférence particulière pour les caractères latins, et que mes arguments même valables pour moi, ne conviennent pas aux autres, cela me donne t-il le droit de condamner les autres arbitrairement? Avez-vous remarqué que la majorité des linguistes qui veulent imposer leurs méthodes et manières de faire habitent hors de Tamazgha (Maghreb)? Moi personnellement, je pense que seule la transcription qui produit le plus, et ce avec des transcriptions proches et faciles à comprendre et assimiler par les locuteurs peut s’imposer. De toute manière, étant à l’étranger, je ne peux que contribuer avec mes maigres moyens et connaissances, car contrairement à certains j’ai compris et je suis conscient que je suis mal placé pour donner des leçons de quelles que cohérences soient-elles pour les locuteurs et ceux qui œuvrent ensemble pour tamazight sur le terrain à Tamazgha.

L’expérience des autres

Le cas de Tamazight est-il unique? Pour nous montrer efficace, pourrions-nous nous référer à l’expérience des autres langues qui ont déjà cheminer sur ce même terrain de la reviviscence et de recherche de transcription? Les exemples ne manquent pas : la langue catalane, la langue turque, etc. Les disputes sévissent depuis trop longtemps. Il est temps de procéder à la codification "définitive", ou nous continuons éternellement à parler et à rédiger chacun dans son propre dialecte régional comme aux temps des colonisations. Certains on le sait sont déjà réticent à jeter les bases d’une langue tamazight pan-Tamazgha (pan-maghrébine). Ils estiment que leur dialecte régional est plus avancé que d’autres. Ils pensent qu’une tamazight pan-Tamazgha est utopique, souvent ils l’a décrivent plutôt comme un "supra-dialecte". Certains empruntent même le chemin dangereux du "purisme", or les emprunts sont non seulement important, mais indispensable à toute langue qui veut vivre. Les emprunts sont à éliminer que s’ils ne sont pas nécessaires ou qu’ils concurrencent des mots et des termes qui existent dans la langue autochtone, en l’occurrence ici tamazight (peu importe l’appartenance de ces mots ou termes à tel ou tel dialecte régional). Ne jamais militer en faveur de telle ou telle transcription, seulement parce qu’elle représente un avantage personnel. La motivation d’un choix doit être collectif, et pour l’intérêt de la collectivité. Les exemples d’autres communautés qui ont l’expérience que nous vivons aujourd’hui, peut nous éclairer et nous orienter, afin de ne pas refaire les mêmes erreurs. Au lieu de s’accuser mutuellement, il est temps "d’accoucher" ce dont nous nous vantons d’être capables. Le débat doit s’orienter sur l’avenir de la langue tamazight, et non sur les orientations idéologiques entre traditionalistes et modernistes ou réformistes. J’ai appris et souvent entendu que pour passer du langage "dialectal oral" à celui de l’écrit, signifie être averti à standardiser "l’écriture".

Les acteurs quotidiens et incontournables de la langue tamazight

Pour dépasser la mentalité du chacun pour soi, la formation de groupe d’amis et éviter l’isolement, il faut être armé non seulement de bonnes intentions mais de principes qui militent en faveur du bien-être de la langue tamazight. Pour ce faire, il y a les linguistes, même si parfois ils dépassent le cadre de leurs compétences, cause de leur solitude. S’ajoutent à ceux-là les militants les plus honnêtes qui ne doivent pas rejeter les compétences des linguistes. Ne pas exclure les poètes, les chanteurs et les écrivains de valeur qui rédigent dans leur "dialectes". C’est à tous ces gens, et non seulement aux linguistes que la tradition s’adresse afin qu’ils formulent des règles, des lois de transcriptions pour former des tournures et des mots anciens ou modernes. À ma connaissance, il en est ainsi pour toutes les langues du monde "petites ou grandes". Tout ce qui n’est pas linguistique, peut-être rattaché à la tradition "orale" de la langue.

Cette tradition "orale" de la langue pour moi est la vrai grammaire de la langue. Il appartient aux locuteurs de continuer à l’utiliser, aux artistes de l’exploiter, aux écrivains de lui donner vie, aux linguiste de la guider, mais surtout à ceux que l’on oublie souvent : les grammairiens de la figer, la stabiliser et la rendre accessible à la grande majorité, à défaut de satisfaire tout le monde. Le temps de travailler en solitaire, ou entre groupe d’amis doit être révolu, et personne ne peut s’en tenir à simplement observer.

Arav Benyounès
Contacter l’auteur :
taralsan@sympatico.ca
Visiter son site Web : http://aravbenyounes.ifrance.com ou http://membres.lycos.fr/aytyuna

Le rôle et la place de chacun

 

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10 février 2008 7 10 /02 /février /2008 07:52
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Présentation D'a.k.t

  • : Association Auressienne Kahina Tamazight
  • : Association pour la promotion de la culture tachawit et la sauvegarde du patrimoine auressien, solidarité avec le peuple
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  • Dyhia
  • Présidente de l'association Auressienne Kahina Tamazight, pour la promotion de la culture berbère chawie en france et dans les aurès
  • Présidente de l'association Auressienne Kahina Tamazight, pour la promotion de la culture berbère chawie en france et dans les aurès

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